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 85. Jn 8, 1-11, V Dimanche du Carême, C, Réflexion 2022

Sœurs et Frères

     Dimanche dernier nous avons médité ensemble la parabole d’un Père et ses deux fils, propre à saint Luc, que je me suis permis de surnommer « entre abandon et soumission ». Ce dimanche nous nous penchons sur une belle image de la miséricorde divine que nous trouvons, cette fois-ci, chez saint Jean.

   Mais avant d’examiner ce texte je fais une parenthèse. Ce qui est curieux, c’est que selon des exégètes (étudiants de la Bible) ce texte n’appartenait pas primitivement au quatrième évangile. Selon ces spécialistes « il s’agit d’une tradition qui ne possède pas les caractéristiques du style johannique » *. Ce texte a été inséré au début du processus de formation les Écritures Saintes. Texte canonique et saint, comme les autres textes dans la Bible, il pourrait plutôt être attribué, par son style et son langage, à l’auteur de l’évangile selon saint Luc. Donc maintenant, cette parenthèse refermée, nous devons « creuser » là quelque chose pour nous, les disciples du Christ d’aujourd’hui.

    Dans la scène de notre évangile, nous voyons le Christ en train d’enseigner au Temple de Jérusalem. C’est alors que les scribes et les pharisiens, grands spécialistes de l’interprétation de la Loi Moïse pour le peuple, viennent vers Lui avec une femme adultère ; ils veulent « le mettre à l’épreuve, afin de pouvoir l’accuser ». Dès le tout début de leur échange avec Jésus, nous constatons que les intentions de ces gens ne sont pas claires. En effet, les accusateurs de cette femme n’agissent pas conformément à la Loi de Moïse qui exigeait la peine de mort pour les deux personnes ayant commis le péché – pour l’homme aussi bien que pour la femme adultère (cf. Lv 20, 10 ; Dt 22, 22 ss). Or, dans notre scène, nous n’avons que cette femme. En outre, les adversaires du Christ savaient que si Jésus libérait la femme, ils pourraient, eux, L’accuser de ne pas observer exactement la Loi : Lui, le Christ, qui a dit être venu pour l’accomplir ! D’autre part, si le Christ condamnait cette femme, Il s’opposerait aux autorités romaines qui seules pouvaient condamner quelqu’un à la mort. Enfin, comment le Christ, qui « n’est pas venu appeler les justes, mais les pécheurs » (cf. Mc 2, 17 ; Mt 5, 31-32) et qui nous appelle à être miséricordieux comme notre Père est miséricordieux (Lc 6, 36), pourrait-Il envoyer à la mort cette femme adultère ?

    L’auteur de notre évangile nous relate que le Christ a sauvé cette femme. Cependant on peut s’interroger : où le Christ a-t-Il trouvé la solution pour sortir de cette embuscade sans issue ? Il ne l’a pas cherchée « trop loin ». Jésus savait que la réponse se trouvait dans les cœurs de ceux qui l’écoutaient. Il a dit aux scribes et aux pharisiens : « celui d’entre vous qui est sans péché, qu’il soit le premier à lui jeter une pierre ». Et ceux-ci sont partis l’un après l’autre, parce qu’ils se sont rendus compte, encore une fois, qu’eux aussi ne pouvaient pas dire devant Dieu qu’ils étaient sans reproche. Jésus a laissé partir les scribes et les pharisiens sans leur faire de remarques. Il les a laissés avec leurs cœurs. Mais si le Christ n’a pas condamné cette femme adultère, il n’a pas pour autant rabaissé son péché ; Il lui a dit : « va, et désormais ne pèche plus ».

    En lisant cet évangile, on constate que Jésus n’a donné d’ordre à personne, n’a fermé aucune issue pour que chacun fasse personnellement le bon choix pour sa vie. Et cela nous concerne aussi, nous les gens de notre temps, et même les soldats russes. On entend souvent dire à propos de ces derniers « C’est malheureux, mais ils sont forcés par mr. P. à participer à la guerre en Ukraine ». Il est vrai que ce n’est pas toujours « leur guerre » et que c’est un drame pour leurs familles. Cependant ces soldats ont le choix de piller ou pas les maisons des autres, de violer ou pas les femmes ukrainiennes (quelque fois même en présence de leurs enfants). S’ils choisissent de ne pas le faire, c’est par humanité librement consentie ; n’oublions pas que, pendant la IIème Guerre Mondiale, dans les camps de concentration, beaucoup de gens ont gardé cette humanité, et parfois à tel point qu’ils ont été déclarés saints par notre Eglise.

    Peut-être qu’en méditant cet évangile chacun de nous pourrait se poser la question : quelle est mon point de référence lorsque je me regarde et que je regarde l’autre personne ? Un autre indice de cet évangile me parait aussi très important : c’est que nous ne pouvons pas nous servir de Dieu et de ses commandements pour mépriser autrui ; cette Loi ne peut servir qu’à faire grandir notre prochain dans son humanité.

    Une dernière chose ; même si notre texte n’est pas de saint Jean, le rédacteur de cet évangile l’a peut-être inséré pour partager avec sa communauté le Dieu qui est plein de miséricorde.

Bon Dimanche à tous,

votre frère, Bogdan

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* selon les références de la TOB – Traduction œcuménique de la Bible, édition Cerf 2012.

P.S. Dimanche dernier (27 mars) j’ai « chopé » à Béziers le Covid-19. Mais ça va, il n’y a pas à s’inquiéter, j’ai eu les idées assez claires pour vous préparer ma réflexion hebdomadaire. Je me repose aussi. Mais ce que vous pouvez faire pour votre frère Bogdan, c’est de prier pour votre curé ; cela ne vous fera pas de mal et pour lui ce sera forcément bien – sourire.