Regroupe trois villages: GIGEAN, POUSSAN et MONTBAZIN
Père André Zontek - P. Jean-Rémi Razafimahatratra, vicaire. ANNONCES DU 30 avril au 10 mai 2026(Historique de l'agenda) |
35. Mc 1, 40-45, VI Dimanche du Temps ordinaire, B, Réflexion 2021
Sœurs et Frères
Nous méditons toujours l’évangile selon Saint Marc, le plus ancien parmi les quatre Évangiles, qui raconte la vie de Jésus. Nous savons qu’au début, la Bonne Nouvelle (Évangile) de Jésus Christ était transmise oralement. Puis (dans la seconde moitié du premier siècle après J. Ch.) il a commencé à être rédigé afin de le transmettre à d'autres personnes et à des communautés. Évidemment, les textes ont été copiés manuellement et souvent c’était la copie de copie. Il y avait des différence entre des copiés. Il nous a fallu des siècles pour avoir notre Bible traduite dans nos langues nationales, à la base des langues originales.
Pourquoi cette introduction ? Parce qu’aujourd’hui nous avons une péricope, qui, à première vue est facile à interpréter. Nous lisons que Jésus « saisi de compassion » a guéri un lépreux. Nous pourrions dire : « rien d’inhabituel ; dimanche dernier nous avons lu que le Christ « guérit beaucoup de gens atteints de toutes sortes de maladies, et il expulsa beaucoup de démons » (Mc 1, 34).
Si nous nous penchons sur le texte grec, origine de notre Évangile, nous pouvons constater que le mot grec « splagchnistheis » peut être bien traduit comme « saisi de compassion » (on peut le traduire aussi « ému de compassion » ou « prit de pitié ») comme c’est le cas dans notre traduction. Cependant si nous lisons un autre manuscrit (plus rare, mais selon des spécialistes qui analysent la Bible plus ancien que le nôtre) de notre verset 41, nous trouvons un autre mot grec. Ce mot c’est « orgistheis » et nous le traduisons par « irrité » ou « en colère »*. Je ne sais pas quel mot a dit Jésus, quelles ont été ses émotions au moment où Il sauvait ce lépreux. On ne peut pas deviner si le copiste s’est trompé ou si volontairement, pour telle ou telle raison, il a remplacé un mot par l’autre. Mais ce que nous pouvons constater c’est que cela change tout dans la réception de notre évangile d’aujourd’hui parce qu’au lieu du mot compassion, il y a un mot : colère.
Quelqu’un pourrait me poser une question : « pourquoi Jésus aurait-Il été en colère cette fois-ci ? Il donnait tellement de preuves de sa compassion envers son prochain. Ne lisons-nous pas dans les Actes des Apôtres que ‘là où Il passait, Il faisait le bien’ » (Ac 10, 38) ?
Comment expliquer « la colère » du Christ ?
Selon certaines commentaires « la colère de Jésus pourrait s'expliquer soit parce qu'en s'approchant de lui le lépreux enfreint la loi (Lv 13,45-46 ; mais Jésus va lui aussi l'enfreindre en touchant le malade), soit plutôt parce que le lépreux contrarie la volonté qu'a Jésus de prêcher en évitant les attroupements (v. 35-39.45) et de ne pas être manifesté comme Messie et Fils de Dieu (v. 34.43. 44 n.) »**. Il est plus facile de comprendre l’irritation du Christ en regardant le contexte précédent et suivent de notre Évangile. Le contexte précédent, c’est notre évangile de dimanche dernier. Après des guérisons multiples, Jésus s’éloigne pour prier. Mais ses disciples le cherchent et Lui disent : « tout le monde te cherche ». Mais leur Maître leur répond : « Allons ailleurs, dans les villages voisins, afin que là aussi je proclame l’Évangile ; car c’est pour cela que je suis sorti » (Mc 1, 38). Après notre évangile, dans le contexte suivent nous voyons le Christ, qui de nouveau entre à Capharnaüm où Il « annonce la Parole » (Mc 2, 2). Donc « la colère » du Christ (qui se manifeste aussi quand Jésus le renvoie – v. 43) envers le lépreux pourrait s’expliquer par l’empêchement de continuer sa mission. Les autres textes semblent-ils confirmer que la mission du Christ, ce n’est pas de guérir des malades, mais de proclamer la venue du Royaume de Dieu (Mc 4, 26-29 ; Mc 10, 15). Jésus n’était pas seulement un guérisseur. Il n’est pas venu pour répondre tout simplement aux besoins des malades ou des pauvres. Tous les miracles qu’Il accomplissait c'étaient des signes de la venue du Royaume de Dieu - l'amour et la bonté de Dieu accessibles à tous sans exception.
Pour nous cet évangile pourrait être une piste pour une réflexion personnelle : est-ce que Jésus c’est Celui qui doit répondre à mes besoins ? Est-ce que ce n’est plutôt Celui qui sème en moi ses Paroles pour que je devienne un citoyen du Royaume de son Père ? Si Jésus avait répondu à toutes mes demandes, serais-je heureux et fidèle à son Évangile ? Comment j'aimerais être traité par les autres; comme quelqu'un qui peut réaliser son souhait, ou comme quelqu'un qui veut partager ce qui le mène dans sa vie et l'aide ?
« Cherchez d’abord le royaume de Dieu et sa justice, et tout cela vous sera donné par surcroît » (Mt 6, 33).
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* selon les références de TOB - Traduction œcuménique de la Bible, édition Cerf 2012 et La Bible de Jérusalem édition Cerf 2000.
** voir la référence de TOB.