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 233. Qo 1, 2 ; 2, 21-23, XVIII Dimanche du Temps Ordinaire, C, Réflexion 2025

Sœurs et Frères

     Ce Dimanche, nous quittons le livre de la Genèse pour méditer un extrait du livre de Qohèleth ou l’Ecclésiaste¹. Et comme nous abordons ensemble ce livre pour la première fois, je pense qu’il est utile de vous décrive brièvement le contexte de sa rédaction. Mais … c’est l’été, et il fait trop beau pour passer son temps derrière l’ordinateur – clin d’œil avec sourire.
     Alors, je vais me servir de l’ouvrage de quelqu’un … plus érudit que l’auteur de cette réflexion. Dans son livre - dont vous trouverez les références en bas de page - nous lisons que : « Qôhélet est un livre d’homme insatisfait, déçu et même cynique. Il commence et se termine par cette fameuse phrase : ‘Vanité des vanités, tout est vanité.’ (Qo 1,2 et 12,8). Le mot vient du substantif qâhâl (assemblée) et signifie ‘l’homme de l’assemblée’, autrement dit l’annonceur’ ou le ‘prédicateur’. Du grec ekklésia (assemblée) est venu ekklésiastês (prédicateur), l’Ecclésiaste, autre appellation du livre. Écrite dans un hébreu tardif au III siècle av. J.-C., l’œuvre figure dans la Septante² parmi les livres de sagesse, dans la Bible hébraïque parmi les Écrits. Elle est proche des Proverbes par le grand nombre des sentences autonomes qu’elle recueille. Comme dans Job, la crise de la sagesse transparaît ici. Il est difficile à l’homme de comprendre les plans de Dieu. Mais Qôhélet ne se rebelle pas. Il est en bonne santé, et il voit les choses du point de vue des nantis de l’époque hellénistique : l’argent compte pour lui autant que la sagesse. Au fond, tout est décevant : la science, la richesse, l’amour et même la vie. Qôhélet est cependant à sa façon un [sage] : la crainte de Dieu et l’observation de la Loi sont importantes pour lui. »³.

    Autrement dit, nous avons affaire à un auteur juif inconnu, instruit, en contact avec divers systèmes philosophiques grecs, qui fait partager à ses compatriotes ce qu’il estime important dans la vie. Notons que pour les Juifs de cette époque, le contact avec la culture grecque - complètement différente de la leur - mettait en question leur regard sur l’existence. Ils cherchaient quel devait être leur propre mode de vie, eux qui étaient le peuple élu d’un Dieu unique. C’est là une situation que nous les chrétiens d’aujourd’hui, nous connaissons bien, lorsque nous voyons le déclin de la civilisation chrétienne sur notre continent tout particulièrement.
     Dans notre récit, nous trouvons souvent répété le fameux terme « vanité » (hebr. « chavel »), lequel renvoie à « un mot hébreu qui signifie ‘souffle, haleine, fumée’ ; c’est le même mot que le nom propre Abel (Gn 4,2). Le thème central du livre se trouve ainsi exprimé dès l’abord ; il le sera encore au début de l’épilogue (Qo 12,8). »⁴.

     Cependant le pessimisme de Qohéleth n’est, je dirais, qu’« apparent » parce que lui-même nous parle dans son livre de la joie de vivre (cf. Qo 2 ,24 ; 3, 13 ; 9,7-10). Et je le comprends bien… ou presque - clin d’œil avec sourire. Nous n’avons qu’une seule vie et nous voulons tous, sans distinction, la mettre à profit, même les curés - sourire.
   Cependant cela ne doit pas nous couper, nous chrétiens, de nos racines et de la source du bonheur vrai et durable qui est Dieu, au cœur de notre vie et de nos choix. C’est pour cela que Qohéleth (ou l’Ecclésiaste, comme vous préférez) dit : « Souviens-toi de ton Créateur … » (cf. Qo 12,1). Il est conscient que la vie d’un être humain est fragile et éphémère comme le sont « buée, souffle, haleine, fumée » (cf. Ps 103,15-16). Et pourtant, tant de choses - comme le travail sur notre lecture - peuvent nous absorber au point de devenir notre seule préoccupation, notre seule relation, notre principal point de références, jusqu’à se transformer en « faux dieux » (cf. Jr 8,19 ; Dt 32,21).      Quelque chose qui engage notre existence jusqu’à épuisement. Notre texte en témoigne, qui évoque le travail d’un homme que « la réussite » empêche de dormir « même la nuit », et fait que « son cœur n’a pas de repos ».
C’est pourquoi pour nous les chrétiens, il est indispensable de se souvenir d’où nous venons ; indispensable de se souvenir que je suis créé par Dieu et que la fidélité à son amour est la « peine » la plus importante de ma vie, si je peux m’exprimer ainsi. Parce que cet amour qui me fait grandir et qui donne à mon existence une grande et belle perspective, est la seule chose dont je ne peux pas dire qu’elle est « vanité ».
    Je ne peux pas non plus oublier que je vais chaque jour vers Dieu mon Créateur, pour Le rejoindre après ma mort. Dans tout ce que je fais au quotidien, si je me souvenais de la prééminence de Dieu, je ne craindrais pas le contact avec une autre culture que la mienne, et je ne craindrais pas la mort qui me mènera vers Dieu. La mort, pour nous les chrétiens, est un passage qui conduit à la rencontre de Dieu, dans la plénitude de son amour pour moi ; et bien évidemment, cet amour qui ne cesse jamais, n’est pas « vanité ».

Bon Dimanche à chacune et chacun de vous - sourire,
votre frère Bogdan

*******
¹ « ‘Qohélet’ », ou « ‘l’Ecclésiaste’ : l’homme de l’assemblée (hébreu qahaï, grec ekklèsia). C’est-à-dire soit le Maître ou l’Orateur, soit au contraire le représentant de l’assemblée, le Public personnifié et qui, las de l’enseignement classique, va prendre la parole à son tour ». Selon la note pour Qo 1,1 de la Bible de Jérusalem, édition du Cerf 2000.
²La plus ancienne traduction grecque de la Bible hébraïque de la koinè aux IIIe et IIe siècles av. J.-C. Pour voir plus - https://eglise.catholique.fr/glossaire/septante/
³André Paul. « La Bible – Repères Pratiques - Retenir l’essentiel ». Édition Nathan 2017.
⁴Selon la note de la TOB pour Qo 1,2 - Traduction œcuménique de la Bible, édition Cerf 2012.
« Le terme dont nous gardons la traduction traditionnelle ‘vanité’ signifie d’abord ‘buée’, ‘haleine’ , et fait partie du répertoire d’images (l’eau, l’ombre, la fumée, etc.) qui décrivent dans la poésie hébraïque la fragilité humaine. Mais le mot a perdu son sens concret et n’évoque plus chez Qo que l’être illusoire des choses, leur absurdité et par conséquent la déception qu’elles réservent à l’homme. ». Selon la note pour Qo 1,2 de la Bible de Jérusalem, édition du Cerf 2000.