Regroupe trois villages: GIGEAN, POUSSAN et MONTBAZIN
Père André Zontek - P. Jean-Rémi Razafimahatratra, vicaire. ANNONCES DU 30 avril au 10 mai 2026(Historique de l'agenda) |
232. Gn 18, 20-32, XVII Dimanche du Temps Ordinaire, C, Réflexion 2025
Sœurs et Frères
Sans aucune surprise, avec la première lecture de ce dimanche, nous sommes toujours dans le livre de la Genèse qui, sans aucun doute, est bien connu de vous n’est-ce pas ? – clin d’œil avec sourire. Dans ce cas, je peux aller droit au but et passer tout de suite au texte. Le récit proposé est un extrait de l’épisode de Sodome. Et c’est plus précisément la partie généralement intitulée « Intercession d’Abraham », car celui-ci intervient auprès du Seigneur en faveur des habitants de cette grande ville. Ce dialogue témoigne qu’Abraham est vraiment déterminé à sauver ceux qui pourtant ne sont pas de sa race. Ceux qui n’ont pas respecté Dieu (cf. Gn 13,13) et ne respecteront pas non plus l’hospitalité, comme le montre le chapitre suivant (cf. Gn 19, 1-14) ; l’hospitalité qui était l’un des piliers des sociétés antiques (cf. Gn 18,1-5 ; Rm 12,13 ; He 13,2). En ce qui concerne le péché de Sodome, il ne s’agissait pas seulement d’immoralité sexuelle. Le prophète Ézéchiel nous éclaire là-dessus : « Voici quelle fut la faute de Sodome, ta sœur : orgueil, voracité, insouciance désinvolte ; oui, telles furent ses fautes et celles de ses filles ; elles ne fortifiaient pas la main du pauvre et du malheureux » (Ez 16,49). Notre récit relate la négociation d’Abraham avec Dieu, ce « marchandage » qui lui permet de diminuer jusqu’à dix, le nombre d’hommes justes dans Sodome, pour que la ville soit épargnée ; dix est un chiffre très parlant pour les Juifs (en hébreux « minian », voir la note)¹.
Ce récit est très riche de significations. Pour les Juifs, la discussion entre Abraham et Dieu, reflète « le problème théologique de la justice divine face à des catastrophes, comme par exemple la destruction de Jérusalem en 587 av. J.C. »³. Mais ce passage de la Genèse touche aussi à un débat concernant la vie de tous les êtres humains, et toujours d’actualité : « la souffrance des bons à cause des méchants »²… « Problème de tous les temps », comme le souligne la note de la Bible de Jérusalem.
Je voudrais aussi, mes chers lecteurs, attirer votre attention sur un point qui pourrait peut-être passer « inaperçu ». Vous pourriez en effet me demander comment il était possible qu’Abraham ‘négocie’ à ce point avec Dieu ! Sur le sujet, je citerais deux versets qui précèdent notre récit (la traduction de la TOB) : « Abraham doit devenir une nation grande et puissante en qui seront bénies toutes les nations de la terre, car j’ai voulu le connaître afin qu’il prescrive à ses fils et à sa maison après lui d’observer la voie du SEIGNEUR en pratiquant la justice et le droit ; ainsi le SEIGNEUR réalisera pour Abraham ce qu’il a prédit de lui. » (Gn 18, 18-19).
D’après moi cette citation témoigne de la relation intime entre Dieu et Abraham, et pas seulement de la promesse faite à Abraham par Dieu. Nous lisons que Dieu voulut connaître Abraham (André Chouraqui ira encore plus loin en traduisant : « Oui, Je l’ai [Abraham] pénétré »⁴). Quelle que soit la traduction, il faut souligner qu’il s’agit ici « d’une connaissance de personne à personne, qui présuppose une grande intimité entre les partenaires. »⁵. Poursuivant le verset 19, nous découvrons que Dieu trouve en Abraham quelque chose qui - contrairement à l’esprit de notre société - est plus important que les compétences pour guider un groupe ou diriger une entreprise…
Il s’agit de la pratique de la justice et du droit dont nous parle cette note de la TOB : « Pratiquer la justice et le droit sont deux vertus fondamentales de l’homme intègre ; dans le Proche-Orient ancien, c’est d’abord au roi qu’il revient de faire respecter ces deux piliers de la société et par extension a tout homme intègre, dont Abraham est ici l’exemple. »⁵.
Autrement dit, Abraham n’avait pas de qualités, je dirais « hors de commun ». Il était juste et droit et c’étaient exactement les valeurs qu’il devait transmettre « à ses fils et à sa maison ». Dans ce cas, Dieu « ne pouvait pas ignorer » celui en qui Il avait mis sa confiance, celui qui - pratiquant le droit et la justice - était toujours « transparent » pour Lui.
Ce récit, vous le constatez et nous l’avons dit, est riche de sens… J’en retiendrai quelques points pour notre propre vie. Tout d’abord, même si Sodome fut détruite (cf. chapitre 19), nous constatons que Dieu n’oublie pas ceux qui Le suivent en pratiquant le droit et la justice et Il les écoute. Ensuite, le texte en témoigne, nous avons tous besoin de quelqu’un qui intercède pour nous. C’est ce que nous faisons, nous les chrétiens, en priant pour ce monde. Et même si nous sommes conscients de nos imperfections, nous le faisons parce que nous connaissons le cœur de Dieu, à travers Jésus-Christ, plein de bonté et de miséricorde. Et enfin – quoi qu’il en soit de notre situation, de notre statut social, nous devons toujours pratiquer le droit et la justice, ce qui plaît à Dieu, ce qui nous fait grandir en humanité, et nous conduit à respecter l’autre.
Bon Dimanche à chacune et chacun de vous,
votre frère Bogdan
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¹ « Dans le judaïsme, le minian, ou miniane, est le quorum de dix hommes adultes nécessaire à la récitation des prières les plus importantes de tout office ou de toute cérémonie (circoncision, mariage, deuil…) ». Voir plus - https://fr.wikipedia.org/wiki/Minian
² « Problème de tous les temps : les bons doivent-ils souffrir avec les méchants, et à cause d’eux ? Si fort était, dans l’ancien Israël, le sentiment de la responsabilité collective, qu’on ne se demande pas ici si les justes pourraient être individuellement épargnés. En fait, Dieu sauvera Lot et sa famille, 19 15-16 ; mais le principe de la responsabilité individuelle ne sera dégagé que dans Dt 7,10 ;24,16 ; Jr 31,29-30 ; Ez 14,12s et 18, voir les notes. Abraham demande seulement, tous devant subir le même sort, si quelques justes n’obtiendront pas le pardon de beaucoup de coupables. Les réponses de Yahvé sanctionnent le rôle sauveur des saints dans le monde. Mais, dans son marchandage de miséricorde, Abraham n’ose pas descendre au-dessous de dix justes. D’après Jr 5,1 et Ez 22,30, Dieu pardonnerait à Jérusalem s’il n’y trouvait qu’un juste. Enfin, en Is 53, c’est la souffrance du seul Serviteur qui doit sauver tout le peuple, mais cette annonce ne sera comprise que lorsqu’elle sera réalisée par le Christ. ». Selon la note pour Gn 18,24 de la Bible de Jérusalem, édition du Cerf 2000.
³Selon la note de la TOB pour Gn 18,25. Traduction œcuménique de la Bible, édition Cerf 2012.
⁴cf. https://nachouraqui.tripod.com/id83.htm
⁵Selon la note de la TOB pour Gn 18,19. Traduction œcuménique de la Bible, édition Cerf 2012.