Regroupe trois villages: GIGEAN, POUSSAN et MONTBAZIN
Père André Zontek - P. Jean-Rémi Razafimahatratra, vicaire. ANNONCES DU 14 au 22 MARS 2026(Historique de l'agenda) |
230. Dt 30, 10-14, XV Dimanche du Temps Ordinaire, C, Réflexion 2025
Sœurs et Frères
Les vacances ont débuté mais, comme vous pouvez le constater, pas pour l’auteur de ces modestes réflexions – sourire un peu triste mais pas désespéré – clin d’œil.
Aujourd’hui nous est donné à méditer un extrait du livre du Deutéronome (qui signifie « seconde loi » par rapport à la loi donnée à Moïse au Sinaï ; pour en savoir plus, voir les réflexions n°178 et 189). Je soulignerai seulement que ce livre a été rédigé, dans sa version « finale », au retour de l’exil à Babylone (vers la fin du VIe siècle av. J.-C.) une époque marquée, pour le peuple juif, d’un renouveau du culte et d’un retour à la foi en un seul Dieu. C’est ce qu’évoque le narrateur de notre texte, par la voix de Moïse. Et si ce dernier parle à ses compatriotes du retour à la « Loi », cela signifie qu’il y a, pour eux, quelque chose de plus important encore que le retour physique au pays de leurs pères.
Quelqu’un pourrait dire ceci : « Père Bogdan, que pourrait-il y avoir de plus important pour un Juif, après la période sombre de l’Exil, que le bonheur de retrouver enfin la Terre Sainte et Jérusalem ? ». Ma réponse est simple : pour un Juif de l’époque, ce qui est plus important que retrouver la terre de ses ancêtres, c’est de retrouver ce qui faisait vivre ces ancêtres, et qui le fera vivre lui aussi. Il s’agit évidemment de l’Alliance avec Dieu, et de la Loi qui vient de Lui, qui le combleront de la vraie vie et du vrai bonheur. Bref, il s’agit du retour à Dieu.
Et ce constat nous concerne aussi, nous les chrétiens d’aujourd’hui. Imaginons un peu, que nous soyons « interdits de Rome », une ville si importante pour nous. Même si le contexte et l’ampleur de la situation ne sont pas les mêmes, cela serait difficile. Et quand nous pourrions enfin y retourner, l’essentiel serait de retrouver ce que représente ce lieu pour notre religion et notre foi de chrétien. Parce que Rome n’est pas seulement une référence à l’histoire religieuse, c’est surtout une référence à la foi qui nous fait vivre, à la vie de notre Église catholique et à ce qu’elle incarne concrètement pour les hommes et les femmes d’aujourd’hui.
Et si ma réflexion tombait par hasard dans les mains d’un non croyant, je lui proposerai un autre exemple. Supposons qu’après des années d’absence, un enfant retourne dans la maison de ses parents ; sa joie serait-elle de retrouver « les murs » seulement ? Pour lui, comme pour ses parents, cette joie serait avant tout de retrouver « les liens » de l’amour, plus sacrés que les « murs », n’est-ce pas ?
Il y a un autre « détail », que je trouve important dans notre lecture. Nous lisons ces mots : « Car cette loi que je te prescris aujourd’hui n’est pas au-dessus de tes forces ni hors de ton atteinte ». Là encore, on pourrait me dire avec franchise : « Père Bogdan, la religion et tous ses commandements, les ‘lois de l’Église catholique’, ce sont en fait des exigences et des interdictions qui m’empêchent de m’épanouir dans ma vie ». Voici ma réponse : chaque lien, quel qu’il en soit – avec Dieu ou avec une personne - doit être tout d’abord un lien d’amour. Parce que sans amour tout peut devenir « au-dessus de [nos] forces » et « hors de [notre] atteinte ». Et puis, réfléchissons un peu, quel intérêt aurait Dieu, qui nous a créés par amour, à prescrire dans nos cœurs une loi que nous ne pouvons pas mettre en pratique* ? Évidemment, l’histoire de l’Église nous prouve qu’il a fallu du temps parfois pour bien discerner ce qui vient de l’Esprit de Dieu, et ce que vient seulement de l’esprit de l’homme. Ainsi donc l’Église, à travers des siècles d’histoire, s’est efforcée par ses « prescriptions » que le socle reste le même. Et ce socle que Dieu nous donne pour notre propre bonheur et malgré notre faiblesse, c’est - sa Loi. Un fondement qui parfois peut se « fissurer » par notre manque de confiance en Lui.
En effet, lire que la Loi de Dieu « n’est pas au-dessus de tes forces ni hors de ton atteinte », ne signifie pas qu’elle est toujours facile et évidente à suivre. Cela dépend de moi : « Est-ce que je veux grandir dans ma vie selon l’Esprit de Dieu (cf. Ps 36[35], 8-10 ; Ps 132[131],3-5 ; Jn 14,15-16. 23b-26 ; Rm 10,6-10), ou est-ce que je veux seulement vivre ma vie selon mon esprit ? ». Que je grandisse dans le bonheur, Dieu en a l’initiative ; mais c’est toujours moi qui répondrai « oui » ou « non » !
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Bon Dimanche et bel été pour chacune et chacun de vous,
votre frère, Bogdan
* « Dans un langage qui rappelle celui des livres de sagesse (voir Pr 8,31 ; Si 24,11 ; Sg 1,6), ce passage conclut la réinterprétation de l'alliance du Sinaï après la catastrophe de l’Exil : obéir au Seigneur n’est pas tâche impossible, puisque lui-même change le cœur des fils d’Israël (voir v. 6). La liberté reste entière : d’où l’invitation qui suit (Dt 30,15-20) à ‘choisir la vie’ ». Selon la note de la TOB pour Dt 30,14. »