Regroupe trois villages: GIGEAN, POUSSAN et MONTBAZIN
Père André Zontek - P. Jean-Rémi Razafimahatratra, vicaire. ANNONCES DU 30 avril au 10 mai 2026(Historique de l'agenda) |
218. Is 43, 16-21, V Dimanche du Carême, C, Réflexion 2025
Sœurs et Frères
J’espère que vous allez-bien ? - sourire. Cela va vous surprendre, mais cette fois-ci, malgré le carême, je vais vous prouver que pour un chrétien - et pas seulement - ça vaut vraiment le coup d’être « gourmand ». Je suis sérieux – (donc pas de sourire) – sourire.
Encore une fois, nous commentons un livre de l’Ancien Testament que vous connaissez bien car nous l’avons déjà abordé plusieurs fois. Il s’agit du livre du prophète Isaïe – une œuvre qui, en réalité, est celle de plusieurs auteurs. Cela vous le savez déjà. Nous sommes très précisément dans cette partie appelée traditionnellement le « Deutéro-Isaïe », c’est-à-dire, vous vous en souvenez, le « Second Isaïe » (chapitres 40-55). On l’appelle aussi « livre de la consolation d’Israël ». Pourquoi ? La réponse se trouve dans l’introduction de ma réflexion n°158 - franchement ça n’est pas très utile que je me répète – clin d’œil avec sourire
Il est donc temps de se pencher sur le récit d’aujourd’hui. Au tout début, il est assez facile de comprendre que l’auteur fait allusion à cet événement, fondamental pour la religion juive, qu’est la traversée de la mer Rouge (cf. Ex 14,23-30) : « Ainsi parle le Seigneur, lui qui fit un chemin dans la mer… » Mais ce rappel est suivi d’une exhortation très claire mais surprenante : « Ne faites plus mémoire des événements passés, ne songez plus aux choses d’autrefois. Voici que je fais une chose nouvelle : elle germe déjà, ne la voyez-vous pas ? ». Effectivement, à la suite de ce propos, vous pourriez immédiatement me dire : « Père Bogdan, à plusieurs reprises, vous nous avez dit que les Juifs de chaque génération, doivent garder dans leur mémoire la traversée de la mer Rouge. Cet évènement qui, d’ailleurs, est commémoré lors de la Pâque juive qui approche. Or, comme vous, je lis chez Isaïe qu’il faut laisser le ‘passé’ derrière soi pour se tourner vers l’avenir ! » Votre remarque semble signifier qu’il faut abandonner les choses du passé. Et je vous dis : pas du tout ! Enfin, cela dépend comment on interprète les versets 18-19, qui ont attiré mon attention et aussi votre réaction ; versets qu’André Chouraqui traduit ainsi : « Ne vous souvenez pas des premières, ne discernez pas l’antiquité. Me voici, je fais une nouveauté ; maintenant, elle germera. Ne la pénétrez-vous pas ? »².
Pour mieux comprendre ces deux versets, je commence par une petite note de la Bible de Jérusalem, qui précise que : « Les prodiges du passé, traversée de la mer et destruction de l’armée égyptienne, seront éclipsés par les merveilles plus grandes encore que Dieu va accomplir lors du nouvel Exode »¹. Donc, tout d’abord, il ne s’agit pas pour les Juifs d’oublier les événements fondateurs de leur nation et de leur religion ; évènements qu’ils doivent garder vivants dans leur mémoire pour les transmettre à leurs enfants. Mais, ce qu’ils doivent garder et transmettre, ce ne sont pas les exploits que les hommes ont accomplis grâce à leur force et leur intelligence ; ce qu’ils doivent garder, c’est la puissance déployée par Dieu pour son peuple.
Cependant, ils ne peuvent pas en rester là parce que le Dieu d’Israël est un Dieu qui fait toujours « quelque chose » de nouveau, dans leur histoire comme dans leur vie d’aujourd’hui. Et même si cette nouveauté n’est qu’un germe minuscule peu visible, ELLE EST LA ! Ainsi on pourrait dire que les Juifs doivent être « gourmands » pour découvrir la nouveauté de Dieu pour eux, et non pas se contenter seulement de ce qui s’est passé jadis, et qui fait partie de leurs racines. Chaque Juif, de chaque époque, est invité à avoir sa propre expérience du « Dieu d’Abraham, le Dieu d’Isaac, le Dieu de Jacob » (cf. Ex 3,6). Et cela nous concerne parce que nous, les chrétiens d’aujourd’hui qui marchons vers Pâques, nous sommes aussi invités à avoir notre propre expérience de Dieu vivant en Christ ressuscité. Nous aussi, nous devons être « gourmands ». C’est tout à fait légitime de dire au Christ : « Je veux avoir l’expérience de Ton amour qui par ses merveilles ‘éclipse’ ce dont j’ai entendu dire de Toi, et même de ce que j’ai pu vivre à Pâques l’année dernière. »
Quant à notre évangile de ce dimanche qui évoque une femme « surprise en flagrant délit d’adultère », il relate aussi une nouveauté apportée par Jésus dans la vie de celle-ci. Le Christ la libère non seulement de l’esclavage de son péché et du regard réprobateur des autres, mais Il lui ouvre un chemin nouveau pour sa propre vie. Et cela est possible grâce à la propre expérience du Christ, de Dieu vivant dans son cœur et de ses merveilles.
Bon Dimanche à vous tous, votre frère Bogdan
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¹Selon la note de la Bible de Jérusalem pour le Is 43,18, édition du Cerf 2000.
²https://nachouraqui.tripod.com/id80.htm