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 216. Ex 3, 1-8a.10.13-15, III Dimanche du temps de Carême, C, Réflexion 2025

Sœurs et Frères

    Comme vous vous en souvenez certainement, dimanche dernier nous avons commenté un passage du premier livre de la Bible - le livre de la Genèse. Ce texte nous présentait Abram (devenu Abraham - « le père de tous ceux qui croient », cf. Rm 4,11), un ancêtre du peuple Juif, le principal patriarche pour les Israélites. C’est lui (Abram) qui « eut foi dans le Seigneur et le Seigneur estima qu’il était juste » (Gn 15,6). Le récit d’aujourd’hui, tiré du livre de l’Exode, met en scène un autre personnage : celui sans qui la religion juive n’aurait pu exister. Il s’agit, bien évidemment de Moïse, le plus grand des prophètes et le fondateur du judaïsme. C’est lui qui, sous la conduite de Dieu a fait sortir ses compatriotes d’Égypte et c’est lui qui a reçu « Le Décalogue » (appelé aussi les « Dix Paroles du Sinaï »).
Vous connaissez le livre de l’Exode, je vous en ai parlé plusieurs fois ; donc, allons dès à présent au texte lui-même. Cela vous convient n’est-ce pas – sourire.

    Peut-être pourrait-on me faire immédiatement cette remarque : « Père Bogdan, franchement, à quoi cela sert-il de nous présenter ces deux personnages « hors de commun », à nous qui avons une vie plutôt « ordinaire » ?  Certes, Abraham et Moïse sont très importants pour les trois religions monothéistes (le judaïsme, le christianisme et l’islam), mais pour nous, les gens de notre temps …….. ? »

    Elle n’est pas sotte cette question – sourire. Pourtant, l’image que renvoient nos « personnages » dépend de quel point de vue on les regarde et on les présente ! Ainsi on pourrait retenir seulement leurs exploits magnifiques et « extraordinaires ». Mais on pourrait aussi envisager Abraham et Moïse dans des choses très « ordinaires », très communes… De quoi Bogdan parle-t-il ? Un peu de patience quand-même – sourire. Je pense particulièrement, pour chacun d’eux, au moment de leur appel par Dieu.
Abraham tout d’abord. Il avait alors 75 ans - et n’avait pas de descendant - et il s’est mis en route, quittant tout ce qu’il avait connu - « son pays, sa parenté et la maison de son père » (cf. Gn 12,1-5a). Normalement, selon les « critères humains », à cet âge-là personne ne démarre une nouvelle vie …
   Pour ce qui est de Moïse, notre récit de ce dimanche qui nous présente son appel, prouve suffisamment que le contexte était aussi plutôt défavorable. En effet celui-ci, miraculeusement sauvé par la fille de Pharaon, mais ayant tué un Égyptien pour défendre un de ses compatriotes, devait fuir l’Égypte. Désormais il se trouvait complètement démuni dans la terre des Madianes (cf. Ex 2,1-15). Autrement dit, Moïse qui jusque-là avait mené une vie de luxe à la cour de Pharaon (selon la tradition pendant 40 ans) était, pourrait-on dire, « tombé très bas » en devenant le « berger du troupeau de son beau-père Jéthro, prêtre de Madiane » (selon la tradition, cette période a duré aussi environ 40 ans). Donc, Dieu qui se manifeste « dans la flamme d’un buisson en feu », appelle Moïse à l’âge de 80 ans (aucun prêtre n’est curé de paroisse à cet âge-là – sourire).

    Ainsi, nous pouvons constater que, selon les critères d’aujourd’hui, ce n’était pas un superbe investissement pour Dieu de « recruter » Abraham et Moïse. Mais ce qui a compté pour Dieu, c’est que tous les deux l’ont immédiatement suivi et que, malgré tous les empêchements, ont répondu généreusement à son appel. Et Dieu est toujours prêt à nous appeler même si notre âge, notre situation dans la vie ne sont pas « prometteurs » et même si, personnellement, nous pensons que « pour nous c’est fini », et que notre vie est plutôt un « échec ». Toutefois, c’est de nous que cela dépend : est-ce que nous croyons vraiment que Dieu voit en nous ce potentiel, que nous-mêmes et la société ne voient pas ? En se référant à notre évangile, nous pourrions dire que nous sommes comme un figuier en qui « Dieu croit » voir des fruits, même si rien ne les promet. Et même si l’un de mes lecteurs n’était pas croyant, je pourrais lui dire : est-ce que cela ne vous ne toucherait pas que quelqu’un croit en vous, même si votre entourage ne le fait pas, et si vous en doutez vous-même ?

    Cette première lecture est très riche de significations et je ne peux pas tout commenter. Mais je voudrais, à la fin de ma réflexion, me pencher sur un « détail » qui peut nous surprendre. C’est le moment où Dieu, à la demande de Moïse, dévoile son nom. La réponse n’est pas facile à décrypter même pour les exégètes. En effet, Dieu répond à Moïse : « Je suis qui je suis. Tu parleras ainsi aux fils d’Israël : ‘Celui qui m’a envoyé vers vous, c’est : Je-suis’. »¹. Cela signifie, que Dieu est avec eux et qu’Il le sera toujours en toutes circonstances, comme il le fut dans la vie de leurs ancêtres - « le Dieu de vos pères, le Dieu d’Abraham, le Dieu d’Isaac, le Dieu de Jacob’ ». Et cela doit nous toucher tous sans distinction (croyant ou pas). Parce que nous avons tous constaté que notre vie est toujours différente quand nous savons que quelqu’un est à nos côtés, nous accompagne et prend vraiment soin de nous. Quelqu’un sur qui nous pouvons vraiment compter, qui est parfaitement désintéressé. Ce n’est pas un hasard si les noms d’Abraham, Isaac, et Jacob sont mentionnés. Par là, Dieu dit à Moïse et aux Hébreux qu’Il sera avec eux comme Il l’était avec ces « trois pères fondateurs du peuple juif ».

Bon Dimanche AVEC Dieu qui est AVEC chacune et chacun de vous,
votre frère, Bogdan

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¹« Comme le contexte montre que finalement Moïse apprend vraiment un nom qui peut servir de signe, le v. 14 signifie, selon cette interprétation, que même le nom de YHWH révélé au v. 15 ne saurait exprimer totalement le mystère de Dieu. On ne peut enfermer Dieu dans des mots. On peut aussi comprendre : je suis celui qui est, par opposition aux dieux qui ne sont pas (Is 43,10) ou qui sont du néant (Is 41,24). La traduction grecque (Septante) a donné ce sens. On peut enfin rendre compte de toutes ces valeurs en remarquant que le contexte parle de Dieu présent avec Moïse pour l'aider dans l’œuvre du salut (Ex 3,12; 4,12.15) et que la forme verbale employée a, en hébreu, valeur de futur autant que de présent. Alors la phrase ; je suis qui je serai veut affirmer : je suis là, avec vous, de la manière que vous verrez. C’est par l'histoire du salut des hommes que Dieu manifestera peu à peu qui il est. D’autres textes expriment la même pensée : Os 1,9 (à cause des péchés du peuple, Dieu dit : moi, je n’existe pas pour vous) ; Is 52,6 (connaître le nom de Dieu, c'est connaître qu’il est celui qui dit : Me voici !). De même, la formule d’Ap 1,4.8 : Il est, Il était et II vient, est un développement du le suis d’Ex 3,14. Notons enfin que Rashi, exégète juif du Moyen Age, commentait ainsi ; Je serai avec eux en cette détresse ce que je serai avec eux quand ils seront asservis à d’autres royaumes. » Selon la note de la TOB pour Ex 3,14 - Traduction œcuménique de la Bible, édition Cerf 2012.