Regroupe trois villages: GIGEAN, POUSSAN et MONTBAZIN
Père André Zontek - P. Jean-Rémi Razafimahatratra, vicaire. ANNONCES DU 30 avril au 10 mai 2026(Historique de l'agenda) |
13. Mt 18,21-35 XXIV Dimanche du Temps Ordinaire, Réflexion 2020
Dimanche dernier, grâce à la liturgie de la Parole, nous avons parlé de la correction fraternelle et de la prière dans la communauté. Ce dimanche, réunis autour des textes bibliques, nous pouvons aborder un sujet fondamental, pas seulement pour pour notre vie privée, mais aussi pour notre vie communautaire.
Dans l’Évangile, Pierre s’approche de Jésus pour lui demander : « Seigneur, lorsque mon frère commettra des fautes contre moi, combien de fois dois-je lui pardonner ? Jusqu’à sept fois ? ». Certainement pour Pierre ce n’était pas une question théorique. À l’époque, les rabbins enseignaient qu’il faut pardonner à quelqu’un pour quelque chose de concret (par exemple pour une offense, une calomnie, ou par tout autre type de préjudice) jusqu’à trois fois. Après, ce n’était pas un devoir de le faire. Donc, Pierre semble se présenter devant Jésus comme quelqu'un de très magnanime parce qu’il dit : « Jusqu’à sept fois ». Le Christ lui répond qu’il faut pardonner « jusqu'à soixante-dix fois sept fois » - ce qui signifie : indéfiniment ; puis Il livre cette parabole du « débiteur impitoyable ». La réponse du Christ à Pierre et ce récit, qui la suivit, devaient être choquants pour ses auditeurs. D’autant plus, que le roi a remit la dette de ce serviteur pour laquelle il devait travailler pendant deux cent mille ans selon le payement d’une moyenne journée de travail. Ce qui est étonnant, c’est que ce serviteur, après avoir été libéré de sa dette, n’a pas été indulgent envers son compagnon qui lui devait seulement l'équivalent de quatre mois de travail pour un seul homme.
Le contraste entre le comportement du roi et celui de son « serviteur impitoyable » est énorme ; on peut dire inexprimable.
La Parole de Dieu et de Jésus nous parlent souvent de la nécessité du pardon et les premières communautés chrétiennes savaient cela très bien. Mais pourquoi est-ce nécessaire pour notre vie communautaire et familiale ? Parce que seul le pardon désarme et élimine le mécanisme qui engendre constamment le péché. Seul le pardon surmonte les divisions entre frères. Seul le pardon, la réconciliation (« et ne garde pas de rancune envers le prochain » - 1er lecture), peuvent arrêter la spirale de la haine et de la vengeance. L'incapacité à pardonner conduit à l'aliénation, à l’éloignement, à la solitude et en conséquence elle peut provoquer la dureté du cœur.
Et pourtant, nous savons tous qu’il est très difficile de pardonner à quelqu'un qui nous a blessé. Surtout quand la blessure vient de la personne la plus proche de nous : un parent, mon conjoint, ma sœur ou mon frère de ma communauté, etc. ; c’est-à dire quelqu'un qui devait m’apporter de l’amour.
En revenant à notre Évangile, nous voyons un roi qui, soit disant, ne sait pas faire de bonnes affaires, surtout qu'il a permis à son serviteur de contracter une dette, qui (à vrai dire) n'est pas remboursable. Nous avons aussi ce « débiteur impitoyable » qui s’est battu, soit disant pour une « petite somme » quand il a réclamé un remboursement immédiat à son compagnon. Lui, en ayant été libéré de sa dette gigantesque n’a pas eu pitié envers autrui.
Évidemment, le roi de notre Évangile c’est le Dieu qui, en Jésus Christ, nous pardonne nos péchés et nos offenses sans faire de calculs. Le « débiteur impitoyable », ce n’est pas quelqu'un d’abstrait. Il peut nous aider à comprendre de quoi nous sommes capables, quand nous oublions que nous sommes sauvés par Dieu ; par son pardon qui est toujours le don gratuit et bien au-delà de nos mérites. Et nous ne pouvons rien donner en échange. Nous pouvons « seulement » accueillir son don qui est pour nous un appel pour ressembler à Celui qui est « bon pour les ingrats et pour les méchants ». Qui nous indique ce chemin : « Soyez donc miséricordieux, comme votre Père est miséricordieux » (Lc 6, 35b-36). Nous pouvons donner à ce don nos pensées, nos paroles et nos actes pour qu’il puisse vivre dans nos communautés : familiales, paroissiales et sociales.
Jésus nous invite à pardonner « à son frère du fond du cœur ». Pourquoi ce commandement impératif ? Parce que tout ce qui souille l’homme vient de son cœur (voir Mt 15, 10-20 ou Mc 7, 14-23). Et enfin le vrai chemin vers la libération et la guérison pour moi-même et pour mon frère prend sa racine don mon cœur.
Et ce qui est aussi important, si Dieu nous confie une mission - celle de pardonner et d’accueillir le pardon , Il nous donne sa grâce (tous les moyens) pour l’accomplir.