213. Jr 17, 5-8, VI Dimanche du Temps Ordinaire, C, Réflexion 2025

Sœurs et Frères

    Je suis persuadé - quelles que soient vos convictions - que notre première lecture va vous permettre une bonne méditation pour votre vie. Et ma modeste réflexion a seulement pour but de vous aider à approcher personnellement ce récit. Parce qu’à mon sens, la « réussite » d’un texte biblique bien médité, c’est d’éclairer la vie d’un être humain qui réfléchit sur sa propre existence. Bien sûr, un tel récit peut être une occasion de réflexion pour tous, mais pour nous les chrétiens, c’est la base, c’est quelque chose d’indispensable.

    Alors, après ma petite introduction « intrigante » (sourire), que trouvons-nous dans ce texte du prophète Jérémie - dont nous avons déjà abordé le Livre au moins quatre fois ? Ce prophète qui accomplissait sa mission dans une période difficile pour le royaume de Juda et pour Jérusalem, « ne mâchait pas ses mots ». Et notre lecture en est un bon exemple. En effet, il nous dit clairement, à nous, et pas seulement à l’élite d’Israël qui ne voulait pas l’écouter, une chose claire et pourtant peu évidente : on peut être « maudit » ou « béni » dans sa vie. Mais je vous le dis tout de suite, cela ne vient pas de Dieu. Car, comme nous le suggère le psaume 100 (99), au verset 5, Dieu est « bon, éternel est son amour, sa fidélité demeure d’âge en âge ».

    Quelqu’un me dira : « De quoi s’agit-t-il donc ? Si Dieu cherche toujours notre bonheur et veut toujours nous bénir, comment comprendre ces mots qui parlent de malédiction pour l’homme ? »
Jérémie dit tout d’abord à ses auditeurs pourquoi ils sont « maudits » : « Maudit soit l’homme qui met sa foi dans un mortel, qui s’appuie sur un être de chair¹, tandis que son cœur se détourne du Seigneur. » Pour éclairer ce propos, je vous cite la traduction d’André Chouraqui : « Ainsi dit IHVH-Adonaï : Honni soit le brave qui se sécurise en l’humain ! Il met de chair son bras, mais écarte son cœur de IHVH-Adonaï. »²

    Ces deux traductions du même texte biblique, parlent d’une chose évidente pour nous tous. Elles rappellent que chacun, sans distinction, a besoin d’avoir confiance en quelqu’un, a besoin de s’appuyer sur quelqu’un. Car cette confiance lui assure sécurité et stabilité. Il en est ainsi par exemple de la vie d’un couple. En effet, comment vivre sans avoir foi en l’autre ? Cependant, ce qui pose problème, c’est lorsque notre cœur se détourne de la source même de sa vie, de ce qui le fait vraiment vivre. Autrement dit, lorsqu’il se détourne du socle vivant, des fondements, des valeurs qui sont le « prisme » par lequel chaque être ordonne ses réflexions et ses actes.
    Pour nous les chrétiens, c’est le Christ. Pour les personnes non croyantes, c’est la loi naturelle ancrée dans le cœur de chaque individu. Dans notre texte, celui qui « se détourne du Seigneur », de la source de sa vie, est comparé à « un buisson sur une terre désolée ». C’est l’image même d’une jeune mariée qui abandonnerait sa religion, son travail qu’elle aime avec passion, sa famille et ses amis, pour suivre un mari qui ne partage pas ses valeurs, et qui désormais deviendrait pour elle le point de référence en toutes choses.

   A l’inverse, dans la deuxième partie du texte, par la belle image d’un arbre, « planté près des eaux », le prophète dévoile ce que peut devenir notre vie si nous mettons notre confiance en Dieu ; si nous sommes fidèles aux valeurs qui nous permettront de grandir en tant qu’être humain, frère de tous. Nous serons alors l’homme « béni » dont parle le récit.

   Tout cela m’amène à une conclusion simple : Dieu, qui nous bénit en son Fils Unique Jésus-Christ, laisse chacun de nous décider s’il veut être béni ou pas. Parce qu’en fin de compte « la balle est dans notre camp ». Dieu n’a jamais retiré à quiconque son amour et son soutien. Ce n’est pas Dieu qui a perdu « le sens du bien », c’est l’être humain (cf. psaume 35). Mais peut-être l’auteur de cette modeste réflexion se trompe-t-il ?
Bon Dimanche à chacune et chacun de vous,
votre frère Bogdan

P.S. Mes chers lecteurs, je vous demande de faire preuve d’un peu de patience… parce que je pars en Pologne pour « quelques jours bien tassés » ; juste pour revoir la neige que je n’ai pas au sud de la France – clin d’œil avec sourire.

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¹« Dans le prolongement de l’oracle précédent, le thème des fausses et des vraies sécurités (voir Jr 2,18 n. ; Is 30,15 ; 31,1-3) est à nouveau développé (Jr 17, 5-8), mais sous une forme plus universelle qui rejoint le thème des deux voies (Dt 30,15-20 ; Ps 1 ; Pr 4,18-19; 12,28; 15,24; Si 15,17; 33,14; Mt 3,13-14). Deux appendices (v. 9-10 et 11) le complètent. » Selon la note de la TOB pour Jr 17,5 - Traduction œcuménique de la Bible, édition du Cerf 2012.
²https://nachouraqui.tripod.com/id81.htm