212. Is 6, 1-2a. 3-8, V Dimanche du Temps Ordinaire, C, Réflexion 2025

Sœurs et Frères

    J’espère que vous êtes en bonne forme ? Si « non », la méditation de la Parole de Dieu vous fera certainement du bien… surtout à votre cœur et à votre esprit – sourire. D’autant qu’aujourd’hui nous avons à méditer un très beau texte de l’Ancien Testament. Comme dans mes réflexions n° 150 et 151, cet extrait du livre du prophète Isaïe fait partie de ce que l’on appelle « Isaïe Premier » (chapitres 1-39), comme vous le savez. Nous pouvons donc passer directement à notre lecture du jour.

   Ce texte relate la vision qui engendra la vocation du prophète Isaïe. Et nous pouvons dater avec une forte probabilité, son appel par Dieu - ce qui est fort rare. Il s’agit de l’année 740 avant J.-C., « l’année de la mort du roi Ozias ». Cependant, je ne vous cache pas qu’un autre détail attire davantage mon attention.
S’il vous plaît, dites-moi si la phrase - « Saint ! Saint ! Saint, le Seigneur de l’univers ! Toute la terre est remplie de sa gloire. » - ne vous rappelle pas quelque chose ? Bien sûr que si ! - sourire. Cette acclamation nous la chantons - ou la récitons - pendant la messe, à la fin de la Préface qui nous introduit directement dans la Prière eucharistique. Je ne sais pas si nous le réalisons toujours, mais à chaque Eucharistie, nous employons les mots « d’une acclamation déjà utilisée dans le culte avant Isaïe, car on en trouve de semblables en Egypte »¹. Cependant, si cette acclamation fait partie de notre messe – « sommet et source de la vie chrétienne » (cf. SC 10)², cela signifie que nous les chrétiens, avec les Juifs, nous exprimons tous, dans ces exclamations, « quelque chose » d’important ; même si notre approche théologique de l’image de Dieu a bien évolué depuis le VIIIe siècle avant J.-C. A propos de ce passage du texte, la Bible de Jérusalem nous propose un bref éclairage ; je cite : « La sainteté de Dieu est un thème central de la prédication d’Isaïe qui appelle souvent Yahvé ‘le Saint d’Israël’, Is 1,4 ; 5,19.24 ; 10,17.20 ; 41,14.16.20, etc. Cette sainteté de Dieu exige de l’homme qu’il soit lui-même sanctifié, c’est-à-dire séparé du profane, Lv 17,1+, purifié du péché, Is 6,5-7, participant à la ‘justice’ de Dieu, cf. Is 1,26+ et 5,16+. »³.

    Ces quelques lignes soulignent que Dieu est « différent » de nous. Il est parfaitement pur parce qu’Il est sans péché, c’est-à-dire sans aucun mal. Et sa « justice » dépasse certainement la nôtre. C’est pourquoi Isaïe, au cours de sa vision, insiste sur sa propre « impureté ».
Cependant si Dieu est « différent », cela ne signifie pas qu’Il est loin de nous. La « différence » de Dieu ne L’empêche pas de s’approcher de nous, de nous appeler et de mettre toute la richesse de sa « différence » en chacun de nous. Pourtant - nous le lisons aux versets 6 et 7 de notre texte - il est nécessaire à l’homme de se laisser purifier par Lui. Et afin d’obtenir cette purification, il est indispensable à chacun de reconnaître sa propre « petitesse ». Ce que nous faisons par notre prière ou notre confession.

   Cela n’est pas forcément « à la mode » dans notre société, dans ce monde où l’on a plutôt tendance à vouloir se montrer « parfait » et « grand » ; ce qui n’est qu’apparence. Contrairement à notre monde, la « différence » de Dieu nous fait toujours lever, grandir et découvrir ce dont nous sommes capables grâce à Lui ; grâce à Dieu qui ne se dégoûte jamais de notre « impureté », de nos fautes et de notre faiblesse.
La vision d’Isaïe nous prouve encore autre chose : celui que Dieu envoie n’est pas quelqu’un qui se perçoit comme digne et fort. Au contraire, celui qui dit « Me voici : envoie-moi ! » est un homme qui a tout à fait conscience de ce qu’il est devant Dieu. Il en est de même pour Pierre, dans l’évangile d’aujourd’hui. Pierre qui dit : « Éloigne-toi de moi, Seigneur, car je suis un homme pécheur. »

    Une dernière chose. On peut voir ce texte d’Isaïe, ainsi que la scène de notre évangile, comme des exemples de vocations particulières. C’est vrai. Néanmoins, il faut avant tout les voir comme un appel à l’intimité avec Dieu, à laquelle nous sommes tous invités depuis notre baptême. Franchement, ce n’est pas beau ça ? - sourire.
   Et une dernière chose (bis) - sourire. Même si nous ne sommes pas croyants, quand nous avons une relation d’intimité, de proximité avec quelqu’un, avouons que nous sommes vraiment heureux ; et il faut bien avouer aussi que nous tous, sans exception, nous voulons être accueillis avec nos faiblesses, pour vivre notre vocation humaine qui est d’aimer autrui.

Bon Dimanche de la santé en bonne santé à tous - sourire,

votre frère Bogdan

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¹selon la note de la TOB pour Is 6,3 - Traduction œcuménique de la Bible, édition Cerf 2012.
² « Sacrosanctum Concilium »,Vatican II (1963). Voir plus :
https://www.vatican.va/archive/hist_councils/ii_vatican_council/documents/vat-ii_const_19631204_sacrosanctum-concilium_fr.html
³Note de la Bible De Jérusalem pour Is 6,3. Éditions du Cerf 2000 pour Jr 20,7.
⁴ « Ou peut-être une pierre brûlante [un charbon brûlant], semblable à celles sur lesquelles on cuit le pain (1 R 19,6) et qui se serait trouvée sur l’autel de l'encens ». « La purification de la bouche confirme la vocation du prophète et prépare sa mission (voir Jr 1,9 ; Ez 2,8 ; Dn 10,16). — Effacé : ce mot, qu'on traduit souvent expié ou pardonné, a un sens technique qui se réfère à l'absolution du péché (voir Ex 29,36-37 ; Es 22,14 ; Jr 18,23). Le mot Kippour (voir Lv 16 et la note) vient de la même racine. ». Selon les notes de la TOB pour Is 6,6-7 - Traduction œcuménique de la Bible, édition Cerf 2012.