210. Ne 8, 2-4a.5-6.8-10, III Dimanche du Temps Ordinaire, C, Réflexion 2025
Sœurs et Frères
Toujours dans l’Ancien Testament, nous quittons aujourd’hui, pour deux dimanches, le livre du prophète Isaïe et nous commentons ensemble un extrait du livre de Néhémie. J’espère que vous n’êtes pas contre ? Clin d’œil avec sourire.
Cette fois-ci, aucun détail concernant la rédaction et les dates de composition de ce livre…Vous les trouverez dans l’Introduction qui précède ce livre dans la Bible !
Ce qui nous intéresse davantage, c’est le contexte historique du texte. Nous sommes à Jérusalem, environ cent ans après le retour de l’exil en Babylonie, entériné par l’édit du roi de Perse, Cyrus II, en 538 av. J.-C. Or, à l’époque de notre Livre, un autre roi de Perse – Artaxerxès - envoie à Jérusalem, province habitée alors par des Juifs et des païens (probablement en 458 av. J.-C.) un gouverneur nommé Néhémie¹, un Juif, pour reconstruire les murs de la ville (cf. chapitres 1 à 7). Pour cette expédition, Néhémie amène avec lui un grand groupe de Juifs, et aussi Esdras, un prêtre et docteur de la loi. Celui-ci avait pour mission de mettre en place une réforme sociale et religieuse (chapitres 8 à 10) afin que la Loi de Moïse soit de nouveau respectée. Ces envoyés avaient reçu d’Artaxerxés toute autorité nécessaire pour cette tâche.
Mais à présent, laissons de côté la politique et concentrons-nous sur notre récit, d’autant qu’il est très touchant.
Au cours de la scène qui nous est relatée, Esdras lit un extrait du livre de la Loi. Et ce n’est pas une lecture banale, si je peux m’exprimer ainsi. C’est pendant la Fête des Tentes (la fête de « Souccot », très importante pour les Israélites) qu’Esdras proclame la Loi. L’ambiance est donc très solennelle. Il proclame la Parole de Dieu « sur une tribune de bois » qui dominait l’assemblée pour que ses auditeurs puissent bien l’entendre. Il le fait « en présence des hommes, des femmes, et de tous les enfants en âge de comprendre ». Nous lisons aussi qu’après cette lecture d’Esdras, « les Lévites traduisaient², donnaient le sens, et l’on pouvait comprendre ». Ici, l’attitude de l’assemblée est importante : les auditeurs participent activement et semblent touchés au cœur. Je cite le texte : « Esdras ouvrit le livre, tout le monde se mit debout » Et quand Esdras « bénit le Seigneur, le Dieu très grand, tout le peuple, levant les mains, répondit : ‘Amen ! Amen !’ Puis ils s’inclinèrent et se prosternèrent devant le Seigneur, le visage contre terre ».
Nous constatons que la Parole de Dieu occupait une place singulière dans la vie des Israélites et dans leur liturgie. Il en est toujours ainsi, et l’on pourrait dire « idem » pour nous les chrétiens. Pendant nos célébrations, par exemple, nous nous levons pour écouter l’Évangile, pour fixer « les yeux de notre cœur » sur le Christ présent et vivant dans sa Parole à l’instant proclamée. Et après la proclamation de l'Évangile, nous répondons « Louange à toi, Seigneur Jésus ! » D’une certaine manière nous aussi, nous répondons « Amen ! Amen ! », pour proclamer notre foi en la Parole qui nous fait vivre et nous apporte la joie. Après sa lecture, cette Parole est « interprétée » par le célébrant qui apporte le discernement et le sens nécessaires à notre vie quotidienne.
La Parole de Dieu n’a rien à voir avec les compliments et la flatterie humaine. Certes, cette Parole n’est pas toujours facile à comprendre. Cependant, accueillie avec confiance, elle donne au moment prévu par Dieu (et pour nous c’est toujours le meilleur moment), un très bon fruit et en abondance, pour notre propre vie.
Pour clore ma modeste réflexion, en cette sixième édition du Dimanche de la Parole de Dieu, institué par le pape François le 30 septembre 2019, je vous laisse avec un passage de la première lettre de saint Paul Apôtre aux Corinthiens. C’est mon cadeau pour vous - sourire :
« Frères, quand je suis venu chez vous, je ne suis pas venu vous annoncer le mystère de Dieu avec le prestige du langage ou de la sagesse. Parmi vous, je n’ai rien voulu connaître d’autre que Jésus Christ, ce Messie crucifié. Et c’est dans la faiblesse, craintif et tout tremblant, que je me suis présenté à vous. Mon langage, ma proclamation de l’Évangile, n’avaient rien d’un langage de sagesse qui veut convaincre ; mais c’est l’Esprit et sa puissance qui se manifestaient, pour que votre foi repose, non pas sur la sagesse des hommes, mais sur la puissance de Dieu (cf. 1 Co 2,1-5).
Bon dimanche à chacune et chacun de vous, avec la Parole de Dieu dans vos mains et dans vos cœur – sourire,
Votre frère, Bogdan
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¹Selon la note de la TOB pour Ne 1,1: « Trois personnages différents portent ce nom, dans ce même livre (Ne 1,1 ; 3,16 et 7,7). Au lieu de Hakalya, des manuscrits grec, ont Khelkeias (= Hilqiya) ; ce personnage est inconnu. — D'après 2,1, il s’agit de la 20e année d'Artaxerxès I, roi de Perse (464-424), soit de l’an 445 av. J.C. Le mois de Kislew était le 9e de l’année dans le calendrier juif influencé par le calendrier babylonien (voir 2,1 n.) ». Traduction œcuménique de la Bible, édition Cerf 2012.
² « Le mot traduit ainsi vient d’une racine qui signifie : séparer, distinguer exactement, ce qui peut vouloir dire : de façon claire, distincte. On pourrait aussi le comprendre dans le sens de traduire en clair, c.-à-d. dans une langue plus populaire et plus facile (l’araméen ?). La même racine a été employée ultérieurement pour parler des divisions et paragraphes du texte, surtout pour la lecture de la Loi. On pourrait donc penser ici à une lecture par paragraphes, mais ce sens n’est attesté nulle part ailleurs dans l’Ancien Testament (voir Esd 4,18 et la note) » Selon la note de la TOB pour Ne 8,8. Traduction œcuménique de la Bible, édition Cerf 2012.