194. He 4, 12-13, XXVIII Dimanche du Temps ordinaire, B, Réflexion 2024
Sœurs et Frères
Au cours de cette année, vous en avez l’habitude, mes réflexions bibliques portent généralement sur des lectures de l’Ancien Testament. Ce dimanche pourtant, étant données les circonstances, je ne commenterai pas l’extrait du livre de la Sagesse, proposé par la liturgie de ce jour du Seigneur. Pourquoi et quelles sont ces circonstances ?
Ce dimanche 13 octobre, je vais prêcher au Temple de Sète, chez nos Frères et Sœurs Protestants, dans le cadre « d’échange des chaires ». Et cela implique pour moi un changement de texte. En effet, vous le savez, le livre de la Sagesse, qui a été rédigé en grec, ne figure pas dans le canon de la Bible hébraïque ni, par conséquent, dans l’Ancien Testament de la tradition protestante. J’ai donc choisi de centrer ma réflexion sur les deux lectures du Nouveau Testament, et plus particulièrement sur celle de la lettre aux Hébreux. Non parce qu’elle est plus courte que notre évangile, et compte seulement deux versets ! sourire. Mais parce que l’évangile, qui relate la rencontre du Christ avec un jeune homme riche, était déjà l’objet de ma réflexion en 2021. Vous pouvez donc fouiller dans vos archives, ou sur le site de la Paroisse du Bon Pasteur en Gigeannais (panier - « Une graine de moutarde ») – sourire. En outre - je ne m’en cache pas - je suis vraiment saisi par cette deuxième lecture. Quoiqu’il en soit, pas d’inquiétude, vous ne serez pas perdants dans ce petit changement – sourire.
Donc, mes Sœurs et Frères chrétiens, quelle que soit votre dénomination, nous avons, avec la lettre aux Hébreux, un texte court mais qui a son importance pour chacune et chacun de nous. Et cela, parce qu’il nous parle de la Parole de Dieu. Dans la dernière traduction de la Bible œcuménique, nous lisons au verset 12 : « Vivante, en effet, est la parole de Dieu, énergique et plus tranchante qu’aucun glaive à double tranchant. Elle pénètre jusqu’à diviser âme et esprit, articulations et moelles. Elle passe au crible les mouvements et les pensées du cœur ». En outre, l’éclairage apporté à ce verset par une note de bas de page, précise que « la mise en garde contre le manque de foi se termine par le rappel de l’aspect judiciaire de la parole de Dieu », en référence au verset de l’évangile selon saint Jean : « Qui me rejette et ne reçoit pas mes paroles a son juge : la parole que j’ai dite le jugera au dernier jour » (voir Jn 12,48). Dans la même note, il est aussi précisé que « l’auteur [du texte] distingue l’âme, principe de la vie physique et psychique, et l’esprit, principe de la vie spirituelle (voir 1 Th 5,23 ; 1 Co 2,14 ; 15,45-46) »¹.
Quant au verset 13, il nous dévoile les qualités de la Parole de Dieu et sa domination sur toute créature : « Il n’est pas de créature qui échappe à sa vue ; tout est nu à ses yeux, tout est subjugué par son regard. Et c’est à elle que nous devons rendre compte ». Je veux citer encore une note de la TOB qui vient préciser le texte : « les possessifs du verset 13 (« sa vue…ses yeux…son regard ») pourraient être rapportés à Dieu, au lieu de l’être à la parole. En grec, en effet, le mot ‘logos’ (parole) est masculin, tout comme ‘Théos’ (Dieu), ce qui donne au texte une certaine ambiguïté ». De plus, le terme ‘subjugué’ peut se traduire « littéralement par ‘maîtrisé en étant pris par le cou’. Le verbe grec s’emploie pour un lutteur réduit à l’impuissance par son adversaire, ou un animal qu’on va immoler. Le contexte exprimant l’idée de nudité est traduit souvent par ‘mis à découvert’ »².
Dans ces conditions, nous nous souvenons des paroles du Christ, qui a dit de Lui-même qu’il n’avait pas apporté la paix dans le monde, mais l’épée (cf. Mt 10,34-39). De même, nous viennent en mémoire les paroles que Syméon adresse à Marie lors de la présentation de l’enfant Jésus au Temple de Jérusalem : « Il est là pour la chute ou le relèvement de beaucoup en Israël et pour être un signe contesté – et toi-même, un glaive te transpercera l’âme ; ainsi seront dévoilés les débats de bien des cœurs. » (voir Luc 2,35). Marie, elle aussi, fille d’Israël et disciple parfaite de son Fils, n’a pas été épargnée par le glaive. Elle qui était absolument ouverte à la Parole de Dieu.
Sœurs et Frères, nous pouvons tous constater que le glaive à double tranchant symbolise la Parole de Dieu et son efficacité. Et que nous tous, nous sommes sans défense face à la puissance et la profondeur de la Parole de Dieu. C’est une « super bonne nouvelle » ! Parce que, s’il nous faut retenir quelque chose pour notre vie de chrétien, c’est notamment d’être complètement nus et sans défense devant la Parole de Dieu.
*La parole de Dieu, porteur de la vérité qui nous libère : « Si vous demeurez dans ma parole, vous êtes vraiment mes disciples, vous connaîtrez la vérité et la vérité fera de vous des hommes libres. » (voir Jean 8,31-32).
*La parole de Dieu qui nous fait vivre : « Ce n’est pas seulement de pain que l’homme vivra, mais de toute parole sortant de la bouche de Dieu. » (cf.Mt 4, 4b ; Dt 8,3).
*La Parole de Dieu qui tranche comme un juge au moment du verdict. Mais nous savons que cette Parole tranche toujours conformément à l’amour de Dieu et sans doute toujours en notre faveur.
Ajoutons que cette réflexion sur la lettre aux Hébreux nous permet de voir autrement notre évangile. Celui-ci rapporte tout d’abord la rencontre d’un jeune homme qui a observé les commandements de Dieu dès sa jeunesse. Néanmoins, il se révèle incapable de suivre Jésus car les paroles du Seigneur n’ont pas réussi à entamer cette partie de son cœur attachée à ses « grands biens ». Et pourtant, le Christ l’avait regardé et aimé, comme nous le lisons.
Quant à Pierre, à la fin de notre évangile, il attend toujours une récompense pour avoir tout quitté et suivi le Christ. Pour lui non plus, le glaive tranchant de la Parole de Dieu n’a pas complètement pénétré le cœur. Pour lui, les richesses de cette Parole - qui donne beaucoup plus que ne donne le monde - restent encore cachées.
Quelqu’un pourrait me dire ceci : « Alors Bogdan que pouvons-nous faire pour que le glaive de la Parole de Dieu puisse vraiment pénétrer et juger notre cœur ? ». Je répondrai ceci : « Prenez dans votre cœur et méditez ces paroles du prophète Isaïe » :
« C’est que, comme descend la pluie ou la neige, du haut des cieux, et comme elle ne retourne pas là-haut sans avoir saturé la terre, sans l’avoir fait enfanter et bourgeonner, sans avoir donné semence au semeur et nourriture à celui qui mange, ainsi se comporte ma parole du moment qu’elle sort de ma bouche : elle ne retourne pas vers moi sans résultat, sans avoir exécuté ce qui me plaît et fait aboutir ce pour quoi je l’avais envoyée » (Is 55,10-11).
Bon Dimanche à chacun et chacune de vous
votre frère Bogdan
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¹ Selon la note de la TOB pour He 4,12 - Traduction œcuménique de la Bible, édition Cerf 2012.
² Selon la note de la TOB pour He 4,13 - Traduction œcuménique de la Bible, édition Cerf 2012.