Regroupe trois villages: GIGEAN, POUSSAN et MONTBAZIN
Père Bogdan LESKO, curé.

Annonces du 7 au 15 décembre 2019

(Historique de l'agenda)

LE PANIER DU Père Bogdan LESKO

Consultez le panier du Père Bogdan LESKO

panier du pere1039 consultations au total du panier.

Consulter tous les articles

LES CHANTS DE CHORALE

logo chants liturgiques

Recherche - Articles

« Il y a clairement une filiation entre non-violence et spiritualité chrétienne »
Propos recueillis par Guillemette de Préval, La Croix, le 15/10/2019

Entretien Plusieurs mouvements de désobéissance civile émergent en France, notamment dans le cadre de la lutte contre le réchauffement climatique. Responsable de Pax Christi dans le diocèse de Nice et membre de la commission non-violente de Pax Christi France, Michel Lafouasse (1) livre son regard de chrétien sur la notion de « désobéissance ».

Propos recueillis par Guillemette de Préval, le 15/10/2019 à 18:32
« Il y a clairement une filiation entre non-violence et spiritualité chrétienne »

La Croix : Que dit l’Église sur la désobéissance civile ?

Michel Lafouasse : L’un des textes fondateurs de l’Église en la matière est l’encyclique du pape saint Jean XXIII Pacem in terris, qu’il publie au moment du concile Vatican II, juste avant sa mort, en avril 1963. Ce qu’il dit est très éclairant : « L’autorité exigée par l’ordre moral émane de Dieu. Si donc il arrive aux dirigeants d’édicter des lois ou de prendre des mesures contraires à cet ordre moral, et par conséquent, à la volonté divine, ces dispositions ne peuvent obliger les consciences, car il faut obéir à Dieu plutôt qu’aux hommes. » En bref, il nous dit que les chrétiens peuvent justifier d’une objection de conscience s’ils sont face à une loi inique, contraire à la loi divine. D’où l’importance de bien discerner la justesse de la cause et de s’assurer également du mode d’action.

Comment discerner que la cause que l’on défend est juste ?

M. L. : Je m’appuierai sur les six critères retenus par José Bové et Gilles Luneau, dans leur livre Pour la désobéissance civique (2). Pour qu’un acte soit qualifié de désobéissant, il doit être « conjointement » : un acte de résistance collective, non violent, transparent, personnel et responsable, désintéressé et ultime. En cela, Jésus est un formidable modèle d’une juste objection de conscience. Jésus est le roi non-violent du royaume de la non-violence ! On le voit très bien dans le rapport qu’il entretient à la loi de Moïse. Il pousse la loi à son accomplissement : dans la volonté du Père, il y a la loi d’amour, qui est de donner sa vie pour sauver les autres. Dans l’acte de désobéir, on sait qu’on encourt un risque. Jésus le savait pertinemment quand il guérit un malade un jour de sabbat. En contestant la Thora, il attise des désirs de mort contre lui.

Désobéir, dans la non-violence, serait donc fondamentalement chrétien ?

M. L. : Oui. L’Évangile a été la source de beaucoup de mouvements non violents. Gandhi, grand intellectuel, avait lu les Évangiles. On sait aussi qu’il avait correspondu avec Léon Tolstoï. L’écrivain lui aurait passé la flamme de la non-violence quand ce dernier a découvert la perle des Évangiles : « Priez pour vos ennemis. » Il y a donc clairement une filiation entre la spiritualité chrétienne et la non-violence. Mais hélas, on ne voit pas grand-chose se lever aujourd’hui ! En France, il semble que désobéir ne soit pas dans les mentalités chrétiennes. On demande aux chrétiens de prier le Seigneur pour qu’il le fasse à notre place. Or, c’est à nous d’agir, accompagnés par l’Esprit Saint. Jésus nous montre la voie : il s’est laissé conduire jusqu’au don total de sa vie. Si on a une foi ancrée, on participera aux grands combats de ce monde pour faire triompher la justice. Le pape François nous y invite d’ailleurs. En 2017, il a adressé un message pour la 50e journée de la paix : « J’assure que l’Église catholique accompagnera toute tentative construction de la paix, y compris par la non-violence active et créative. »

Qu’est ce que cette « non-violence créative » ?

M. L. : Cela signifie qu’au cœur de la non-violence, il y a la miséricorde. En 1983, les évêques allemands avaient publié une lettre : La justice construit la paix. Ils y évoquent une « non-violence créatrice. » Quand il y a une injustice, cela cause des souffrances. On cherche alors à convaincre le puissant de cesser. Comme cela ne fonctionne pas, il faut passer par la contrainte non-violente. Là où la miséricorde intervient, c’est que la contrainte doit se faire dans le respect des personnes combattues. Car, si le combat aboutit, ces personnes pourront peut-être se convertir et rejoindre, à leur tour, les personnes qui luttent. La miséricorde est créatrice : elle participe, à la suite de l’acte créateur divin, à rendre la création harmonieuse.

(1) Auteur de Démasquer la violence. Enquête biblique. Comment éviter le retour au chaos. Ed. L’harmattan, 2019 (20 €).

(2) Pour la désobéissance civique, José Bové et Gilles Luneau, La Découverte, 17,50 €