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Comment les catholiques de France traversent la crise
Mélinée Le Priol, La Croix, le 07/06/2019 à 16:58 Modifié le 09/06/2019 à 12:15

Durant un mois, « La Croix » est allée à la rencontre des catholiques de France, éprouvés par la crise que traverse l’Église après la révélation en série d’abus sexuels commis par des membres du clergé. En cette fête de la Pentecôte, qui marque la naissance de l’Église, ces croyants questionnent leur mode d’appartenance à une institution fragilisée, mais à laquelle ils veulent rester fidèles.

Ils ont mis leurs habits de fête pour se rendre à l’église Notre-Dame de la Clarté, à Baud (Morbihan). En ce matin de Pâques 2019, Lyam, Léo et Justine Le Teuff (trois frères et sœur âgés de 1 à 10 ans) reçoivent le baptême. Mais que peuvent bien attendre ces jeunes Bretons et leur famille d’une Église catholique ébranlée par des révélations en chaîne de scandales d’abus sexuels ?

Cette actualité, Alisson Le Teuff en a eu vent, bien sûr, mais cela n’a rien changé à sa décision, prise il y a plus d’un an, de faire entrer ses enfants dans l’Église. « Même si je sais qu’il faut être prudent, je connais mon prêtre et j’ai confiance en lui », tranche-t-elle avec conviction. « Alors je refuse de généraliser. »

Comme Alisson, la plupart des catholiques rejettent catégoriquement les amalgames entre prêtres et pédophiles, reprochant parfois à certains médias d’en « faire trop » et à certains Français d’en profiter « pour régler leurs comptes » avec une institution qu’ils rejettent sans bien la connaître. Il n’empêche : l’actualité des derniers mois – procès du cardinal Barbarin, documentaire d’Arte sur les religieuses abusées, livre Sodoma sur les réseaux homosexuels au Vatican – n’aura pas épargné ces croyants, « choqués » ou « profondément troublés », parfois pour la première fois, dans leur rapport à l’Église.

► À lire aussi : Cléricalisme, les lecteurs de « La Croix » prennent la parole

Ce sont ces réactions que La Croix est allée recueillir entre le 13 avril et le 10 mai, au cours d’une vaste enquête menée de la Creuse au Var en passant par le Marais Poitevin, le bocage normand, le pays charolais et le massif alpin de la Chartreuse. La grande majorité des 150 personnes rencontrées se disent conscientes de vivre un « moment très spécial » de la vie de l’institution, reconnaissant qu’il y a bien là une « crise » d’importance. Certains n’hésitent pas à la comparer à celle qui avait préludé à la Réforme (au XVIe siècle), tandis que des aînés se remémorent l’après Mai 68.

 Besoin de parole
Débat autour des questions d'abus (sexuels, de pouvoir ou d'autorité...) dans l'Église organisé par le diocèse de Laval et proposé à des clercs ou des laïcs
Crédit : Jean-Matthieu Gautier/Ciric pour La Croix

« Nous entrons dans une nuit durable, peut-être quarante ans, comme au désert », avance Michel Bazinet, un paroissien de Dourdan (Essonne). « C’est un visage de l’Église qui s’effondre », estime pour sa part le père Jean-François Berjonneau, dans l’Eure. Ce qui plonge surtout les catholiques dans le désarroi et, le mot revient souvent, la sidération, c’est de découvrir la dimension « systémique » des abus dans l’Église, que l’on ne saurait plus réduire aux cas de quelques « brebis galeuses ».

« Avant, quand des non-croyants se moquaient des prêtres pédophiles, je défendais l’Église ; aujourd’hui, je ne sais plus comment faire car les faits sont incontestables », reconnaît un étudiant de 22 ans rencontré dans sa maison de famille en Vendée. Le jeune homme, qui a appris récemment que son ancien aumônier aux Scouts d’Europe avait abusé d’enfants, ne manque pas d’ajouter : « notre rôle, en tant que croyants, reste de témoigner de notre foi et de soutenir nos prêtres ».

« Rien que de parler, cela contribue déjà à réparer l’Église ! »
Tout au long de notre pérégrination d’un mois, nous avons ainsi entendu maintes réponses en demi-teinte, voire jargonneuses (« faire Église », « cheminer dans l’espérance », etc.), comme pour édulcorer la réalité. Ou encore, virulentes et épidermiques, mais que nos interlocuteurs s’empressaient d’atténuer, de peur de fragiliser un peu plus une institution déjà chancelante.

► À lire aussi : Lettres aux catholiques qui veulent espérer

Le besoin de parole sur ces sujets ne fait en tout cas guère de doute, si l’on en croit la facilité avec laquelle les personnes sollicitées nous ont répondu, quand elles n’avaient pas déjà pris l’initiative elles-mêmes de soirées de parole organisées en paroisse sur ces questions. « Rien que de parler, cela contribue déjà à réparer l’Église ! », disent-elles.

Voici la carte interactive retraçant le tour de France de La Croix. Sur chaque étape, cliquez pour retrouver l'article et la vidéo correspondants à chacun des 17 épisodes.

 Des réactions qui diffèrent
Débat organisé et enregistré par RCF, en partenariat avec La Croix sur le thème "Réparons l'Église", à Rouen
Crédit : Jean-Matthieu Gautier/Ciric pour La Croix
Néanmoins, parce que « l’heure est grave », certains seraient presque tentés de claquer la porte, ou du moins de « se désolidariser » de l’institution, dans l’esprit du « Not in my name » (pas en mon nom) utilisé par des musulmans face au terrorisme islamique. Il y a ceux qui, en signe de protestation, ont suspendu leurs dons au denier du culte ; ou encore ceux qui ne parviennent plus à dire qu’ils croient en « la sainte Église catholique » pendant le Credo.

Quand on leur demande ce qui les retient de partir, les plus accablés laissent entendre qu’ils n’ont plus l’âge de changer de confession, mais que ce n’est pas l’envie qui leur manque… « Très déçue » par une institution qu’elle juge beaucoup trop « cléricale », Germaine Perdrix, 72 ans, se dit désormais « plus à l’aise » chez les protestants – elle n’est d’ailleurs pas la seule à estimer que les catholiques auraient « beaucoup à apprendre » d’eux. Mais cette chrétienne progressiste, très investie dans sa paroisse de l’Ain, hésite à franchir le pas. « J’aime le catholicisme par fidélité et par attachement. Je me sens responsable de transmettre l’Évangile au monde d’aujourd’hui. Alors puisque je suis dans l’Église catholique, j’y reste. »

« Quand on était jeunes, on nous a tellement cassé les pieds avec les histoires de virginité avant le mariage… Quand je vois ce que se sont permis certains prêtres, je me dis qu’ils étaient quand même gonflés ! »
D’autres, d’ordinaire moins contestataires, sont tout aussi troublés. Comme ce prêtre de Mayenne qui se sent « trahi » par l’institution à laquelle il a donné sa vie durant cinquante ans de sacerdoce. Ou comme ces paroissiennes des Deux-Sèvres, qui consacrent la majeure partie de leur temps libre à faire vivre leurs communautés chrétiennes locales, pour les funérailles, le caté ou l’animation liturgique, et qui ont l’impression qu’« on s’est moqué » d’elles… Marie-Claire Réault, engagée en périphérie de Niort, s’indigne : « Quand on était jeunes, on nous a tellement cassé les pieds avec les histoires de virginité avant le mariage… Quand je vois ce que se sont permis certains prêtres, je me dis qu’ils étaient quand même gonflés ! »

Michel de Truchis, cadre d’entreprise à la retraite à Vernoux-en-Vivarais (Ardèche).
« Pourquoi, quand je vais chez les protestants, je suis invité à la Cène, et quand ils viennent chez nous, ils ne peuvent pas accéder à la communion ? »

Michel de Truchis, ancien prêtre et cadre d’entreprise à la retraite à Vernoux-en-Vivarais (Ardèche)..
Crédit : Jean-Matthieu Gautier/CIRIC pour La Croix
Avant de songer à « réparer » l’Église, d’autres catholiques voudraient quand même lui dire merci, d’autant plus en cette période difficile. Il y a par exemple cette mère de famille de l’Orne qui, arrivée à la foi sur le tard, se sent liée à l’Église par un « sentiment filial » et veut « prendre les choses comme elles sont » plutôt que « renverser la table ». Citons encore cette autre, dans un quartier populaire de Toulon, qui n’oublie pas que la foi lui a « redonné espoir » alors qu’elle sombrait dans l’alcool, la drogue, et n’avait « pas de but dans la vie ». « Je prie beaucoup pour les prêtres, notamment ceux qui ont eu des gestes malheureux », précise-t-elle.

« Elle [l'Église] a toujours été debout, ce n’est pas maintenant qu’elle va s’effondrer ! Mais il ne faut pas la lâcher en cette période d’épreuve. »
Prier pour les victimes, pour les coupables, pour l’Église : la formule est récurrente, et le besoin d’autant plus pressant que beaucoup traversent cette crise avec un désagréable « sentiment d’impuissance », ne sachant trop que faire d’autre. Constance Paillaud, jeune CPE dans un collège de Poitiers, s’est mise à prier après « le choc » d’une image du film de François Ozon, Grâce à Dieu : celle du père Preynat suivant un jeune scout sous sa tente…

► À lire aussi : Bouleversés, les catholiques veulent changer l’Église

Considérant que l’Église forme « un seul corps », Constance ne peut s’empêcher de souffrir avec elle : « Si un membre va mal, on va tous mal ! » ; « L’Église, c’est nous » ; « J’ai mal à mon Église »… Souvent recueillies lors de notre périple sur les routes de France, ces expressions témoignent d’un profond sentiment d’appartenance à cette Église que beaucoup de catholiques ne voient pas comme une simple institution, poussiéreuse et sclérosée, mais comme le « corps du Christ », dont ils font pleinement partie et qu’ils savent solide. « Elle a toujours été debout, ce n’est pas maintenant qu’elle va s’effondrer ! Mais il ne faut pas la lâcher en cette période d’épreuve », nous a-t-on dit en Ardèche.

► Cinq personnages qui ont redressé l’Église

Grégoire VII, François d'Assise, Catherine de Sienne, Thérèse d'Avilla et John Henry Newman, ces cinq personnalistés ont laissé leur empreinte à des moments clés de l'histoire de l'Église.
Cliquez sur la frise pour lire ces cinq moments marquants

Comment sortir de la crise ?
Messe du jeudi saint le 18 avril 2019 en l'Église Sainte Madeleine, à Nantes (44).
Crédit : Jean-Matthieu Gautier/Ciric pour La Croix

Dans l’Eure, Marie-Edith Sandrier va jusqu’à aimer l’Église « plus que jamais », parce qu’elle « s’humanise ». Cette enseignante retraitée fait partie depuis un an d’une « fraternité missionnaire » constituée de quatre laïcs et quatre prêtres et chargée de veiller à l’unité entre deux paroisses voisines des environs d’Évreux. Une expérience concrète qui fait directement écho aux questionnements actuels autour du cléricalisme. « Travailler ensemble nous permet de désacraliser les prêtres, d’engager avec eux une relation véritablement fraternelle », se réjouit cette sexagénaire, qui dit avoir souffert dans le passé d’une certaine « mise à distance des laïcs ».

► À lire aussi : Dix pistes pour sortir du cléricalisme

Ils sont ainsi nombreux à prendre part à des initiatives locales, dans le droit fil des mises en garde du pape François contre le cléricalisme. Voyant la crise actuelle comme une « chance à saisir », un « chemin de purification » ou encore un « appel à la conversion », beaucoup se disent prêts à s’engager dans cette voie. « Pour réparer l’Église, je n’attends pas un sauveur. Le temps des choses modestes est venu », affirme ainsi Emmanuelle Parou, membre d’une fraternité ignatienne implantée dans la Creuse.

« Désormais, je ne me tairai plus, car le pouvoir doit être partagé. »
Au cœur des préoccupations des chrétiens rencontrés ce printemps : une relation « plus ajustée » à l’égard du prêtre et une parole de laïcs qui puisse peser davantage. Certains citent en exemple les organisations dont ils font déjà partie : Emmanuel, Chemin-Neuf, MRJC, Communauté de vie chrétienne (CVX)… Leur fonctionnement moins pyramidal, prêtres et laïcs mêlés, pourrait selon eux être une source d’inspiration pour les paroisses, où ils estiment que le curé « prend encore trop de décisions seul ».

Certains chrétiens s’engagent d’ores et déjà dans des résolutions concrètes, parfois assez personnelles. « Désormais, je ne me tairai plus, car le pouvoir doit être partagé », déclare ainsi Patrick Montaudon, un Grenoblois de 70 ans, qui sent naître « une véritable révolution » dans l’institution. À Fontenay-le-Comte (Vendée), Jean-Noël Naud a lui aussi à cœur de « ne plus laisser les prêtres sur leur piédestal », en osant par exemple réagir quand leurs homélies sont trop approximatives. Cet animateur biblique n’est pas le seul à regretter que les compétences des laïcs, notamment en matière de théologie, ne soient pas plus valorisées dans les célébrations. « À quand le prêche des femmes ? » s’impatientent ainsi nombre d’entre elles.

« À quand le prêche des femmes ? »
Pour d’autres catholiques, chercher activement à « réparer » l’Église a quelque chose d’inaudible, voire de scandaleux : « projet de Dieu » et « épouse du Christ », celle-ci n’est pas une structure ordinaire, que les hommes pourraient faire évoluer à leur guise. « C’est Dieu qui réparera son Église ; nous ne serons que des instruments, dociles au souffle de l’Esprit », déclare un jeune couple engagé au diocèse de Toulon.

D’autres, également circonspects, craignent une précipitation qui n’apporterait rien de bon. « Si l’on va trop vite, on va reconstruire l’Église selon nos vieux schémas », met en garde Joseph Terrien, retraité à Caen. D’autres encore, s’ils jugent cette « réparation » nécessaire, espèrent qu’elle n’accaparera pas toute l’activité de l’institution dans les prochaines années. « N’oublions pas d’autres chantiers majeurs pour l’Église de demain, comme la défense de la Création ou encore l’accueil des migrants », souhaite Clémence Pourroy, directrice d’une association d’insertion à Poitiers.

Bertille Perrin, 28 ans, salariée du diocèse pour la pastorale des étudiants
« Je n’ai pas le souvenir, dans mon éducation chrétienne, d’avoir reçu le moindre topo sur le thème "Fais confiance à ta conscience" ou "Exerce ton libre arbitre" »

Bertille Perrin, 28 ans, salariée du diocèse pour la pastorale des étudiants (Grenoble).
Crédit : Jean-Matthieu Gautier/CIRIC pour La Croix

Il est aussi des laïcs pour reconnaître leur part de responsabilité dans la crise actuelle, se refusant à une attitude uniquement revendicatrice. À Nantes, la mise en cause pour agression sexuelle d’un prêtre de sa paroisse a poussé le jeune Jacques Dugenet, 26 ans, à se remettre en question : « Je me suis demandé si je n’avais pas manqué d’attention, de fraternité envers lui… » Plusieurs prêtres avouent souffrir d’une certaine distance de la part des fidèles, par exemple quand ceux-ci « n’osent pas nous dire en face ce qui ne leur convient pas ».

En ces temps troublés, le père Gilles de Cibon, 46 ans, curé de deux paroisses de Loire-Atlantique, se remémore souvent un conseil donné par un vieux prêtre juste avant son ordination : « Tu trouveras dans l’Église des pères qui ne sont pas des pères, et des frères qui ne sont pas des frères. Accroche-toi au Christ, sinon tout est fichu. »

Pour aller plus loin

► Des lectures
Le Dialogue pour surmonter la crise, Agnès Desmazières, Salvator, 240 p., 20 €.
Le christianisme n’existe pas encore, Dominique Collin, Salvator, 192 p., 18 €.
Aux racines de la liberté, Timothy Radcliffe, 200 p., 16 €.
Un moment de vérité, de Véronique Margron, Albin Michel, 192 p., 18 €.
La Joie de l’Évangile, pape François, Cerf, 7 €.
► Un peu plus loin dans l’histoire

Vraie et fausse réforme dans l’Église, Yves-Marie Congar, Cerf, coll. « Unam Sanctam », 1950.
« La sainteté de l’Église… ? », dans La Foi chrétienne, hier et aujourd’hui, Joseph Ratzinger (1968), Cerf, 288 p., 29 €.
Lettres aux papes, aux cardinaux et aux évêques, Catherine de Sienne, Cerf, coll. « Sagesses chrétiennes ».