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« L’enseignement de l’Église sur la sexualité est inapplicable »
Mélinée Le Priol, La Croix, le 10/05/2019 à 17:48 Modifié le 11/05/2019 à 15:02

RÉPARONS L’ÉGLISE. À la rencontre des catholiques de France. Onzième étape dans l’Ain, à Simandre-sur-Suran.

« L’enseignement de l’Église sur la sexualité est inapplicable »
Marika et Bertrand Thomas sont responsables de la chartreuse de Sélignac, tout au nord de l’Ain, à dix kilomètres à peine du Jura.

« En France, il y a trois chartreuses d’hommes, deux de femmes… et nous. » Derrière ce « nous » ne se cache aucun religieux consacré, mais un couple de laïcs, deux grands-parents de 66 et 67 ans venus de Provence. Depuis seize ans, Marika et Bertrand Thomas sont responsables de la chartreuse de Sélignac, tout au nord de l’Ain, à dix kilomètres à peine du Jura.

Il faut les voir déambuler dans le grand cloître de « leur » chartreuse, un trousseau de clés à la main, pour me faire visiter les anciennes cellules des moines – aujourd’hui utilisées pour des retraites spirituelles de huit jours minimum. Chaque cellule a son promenoir, son antichambre, son lit clos, son atelier de travail manuel et même son jardin, soit 200 m² à chaque fois. Vaste écrin de pierre pour une vie de silence et de solitude.

Ermites laïcs du XXIe siècle
Au total, ce sont environ 9 000 m² habitables qu’entretiennent ces deux dynamiques retraités, anciens professeurs de musique, depuis qu’ils se sont vus confier le monastère par l’ordre des chartreux en 2003. C’était moins de deux ans après le départ des derniers moines.

La chartreuse de Sélignac est l’un des seuls monastères de France à être habité par des laïcs tout en restant attaché à son Ordre. Bertrand et Marika y vivent ainsi « dans l’esprit de chartreuse », priant trois offices quotidiens et respectant le silence qui habite ces lieux depuis le XIIIe siècle. Ils gardent cependant une vie de couple et accueillent ponctuellement leurs enfants et petits-enfants.

On pourrait s’attendre à ce que ces ermites laïcs du XXIe siècle, aussi férus de théologie que d’accompagnement spirituel, se tiennent à distance des révélations successives qui ont secoué l’Église ces derniers mois. Loin s’en faut ! Tous deux affichent leur incompréhension et leur révolte face aux manquements de l’institution sur la question des abus sexuels.

« L’omerta se poursuit »
« Quand je vois que le documentaire d’Arte a été retiré et que le nonce apostolique, lui, on n’en parle plus, je me dis que l’omerta se poursuit : le ver est dans le fruit, et on nourrit le ver ! s’exclame Marika. Je me sens de moins en moins concernée par les discours de l’Église institutionnelle. »

L’Évangile, en revanche, la concerne « absolument », ainsi que les personnes qui se rassemblent autour de lui, et qu’elle choisit d’appeler « l’ecclesia ». C’est pourquoi elle a invité, ce vendredi 3 mai après-midi, quelques catholiques des environs à se joindre à nous à la chartreuse, pour discuter ensemble de ces sujets.

Un séminaire d’Ars trop « clérical »
Germaine et Pierre Perdrix, 72 et 76 ans, anciens patrons d’une entreprise familiale de transformation de matières plastiques, vivent non loin de Simandre-sur-Suran. Outre leurs divers engagements paroissiaux et associatifs, ils sont membres d’un groupe appelé Chrétiens de l’Ain en recherche (le C.A.R.) et constitué d’une centaine d’adhérents, principalement des retraités.

Le C.A.R. est né il y a plus de 25 ans, en conséquence d’un « certain malaise spécifique à notre diocèse de Belley-Ars », comme l’indique son site internet. En cause, principalement, la Société Jean-Marie Vianney et son séminaire d’Ars, que ces chrétiens jugent trop « clérical ».

À la fin mars, ils se sont déjà réunis autour des questions du cléricalisme, et leurs échangent ont débouché sur un document qu’ils comptent remettre à l’évêque, Mgr Pascal Rolland. Parmi leurs revendications : que la formation au séminaire d’Ars ne soit pas faite uniquement par des prêtres, mais aussi par des laïcs, y compris des femmes.

« Ce n’est pas propre à l’Église »
« J’ai été très déçue par notre Église », commence Germaine, encore choquée par le refus du pape d’accepter la démission du cardinal Barbarin. « Quand j’ai vu qu’ils mettaient au placard ce prêtre de la Drôme (1), je me suis dit que notre Église se comporte comme une secte ! Dès qu’on s’en prend à un ordonné, c’est comme si on voulait la mort de l’Église. »

Marie-Hélène Gatineau, également présente à notre rendez-vous, n’a pour sa part jamais voulu adhérer au C.A.R. « Ce n’est pas mon tempérament, ce rapport de force continuel », explique cette infirmière retraitée de 65 ans. « De toute façon la pédophilie existe, ce n’est pas propre à l’Église. Elle a le même comportement que les autres, mais on l’admet moins. »

Vent de désaccord autour de la table. « Il faut mettre fin définitivement au sentiment d’impunité qui règne dans l’Église ! » insiste Bertrand Thomas, qui attend de voir l’institution s’ouvrir « aux réalités de notre XXIe siècle ».

Humanae vitae, « l’erreur de base »
La conversation glisse bientôt vers la question du discours de l’Église sur la sexualité. Tous ici semblent l’avoir pris avec une certaine distance, à l’instar de Germaine et Pierre Perdrix. Ces retraités se sont mariés en 1967, un an avant la publication de l’encyclique Humanae vitae, proscrivant l’usage de la pilule contraceptive.

« Cette encyclique, ça a été l’erreur de base ! s’exclame Pierre. Comment peut-on parler d’incarnation quand on vit aussi hors sol ? L’Église prône des choses inapplicables, elle a des paroles hors du temps, hors de l’espace. »

Avec son épouse, ils ont finalement adopté l’attitude de nombreux couples catholiques : « Sur notre sexualité, c’est comme on veut et comme on peut. »

Ciboire, mitre et « tralala »
Quand on leur parle de « réparer l’Église », ces chrétiens ne semblent pas convaincus. « Le risque, c’est que cela donne quelque chose de "recollé", encore plus fragile et sans intérêt », observe Marika. Elle voit plutôt l’avenir dans les « niches d’Évangile qui surgissent un peu partout » : des initiatives locales et volontiers œcuméniques qui se recentrent sur « le cœur du message ».

Tous semblent d’accord pour dire qu’il faut « désacraliser » le sacerdoce, voire le réinventer. « Cette culture du sacré et de la relique me fait vomir, tout cela me paraît si factice ! », n’hésite pas à lancer Pierre Perdrix. Même Marie-Hélène Gatineau, pourtant moins virulente, avoue ne pas se sentir à l’aise avec « tout le tralala, les hosties dans le ciboire, la mitre de l’évêque… ».

Je finis par poser à mes interlocuteurs la question qui me brûle les lèvres depuis un moment : « Qu’est-ce qui vous retient dans l’Église catholique ? Ne vous sentez-vous pas plutôt protestants ? »

Germaine Perdrix avoue s’interroger à ce sujet. « Plusieurs amis, me voyant me battre contre des moulins à vent, m’ont dit : fiche le camp ! Mais même si je suis plus à l’aise chez les protestants, j’aime le catholicisme : sans doute par fidélité, par attachement. Je me sens responsable de transmettre l’Évangile au monde d’aujourd’hui. Alors je suis dans l’Église, j’y reste. »

(1) Le père Pierre Vignon, qui a lancé en août 2018 une pétition pour la démission du cardinal Barbarin, NDLR.