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22 avril 2018 - Fête Bon Pasteur-Baptèmes adolescents-Poussan

Gauthier Vaillant et Anne-Bénédicte Hoffner , le 03/11/2017 à 6h00

Dix ans après sa précédente réforme, et alors que le manque de moyens humains et financiers se fait sentir, la Conférence des évêques de France a décidé d’évaluer son organisation actuelle.
Plus qu’une réforme technique, les évêques veulent trouver un nouveau modèle adapté à l’évangélisation dans le contexte d’une société toujours plus sécularisée.

Jean Marc Bot2017

Le père Jean-Marc Bot après la messe, à la paroisse Notre-Dame-de-Beauregard à La Celle-Saint-Cloud (Yvelines), le 8 janvier 2017. / Guillaume Poli/Ciric

 

Dans le programme de l’Assemblée plénière d’automne des évêques de France, qui s’ouvre aujourd’hui à Lourdes (Hautes-Pyrénées), un thème de discussion revient à trois reprises: «Actualisation des structures.» Difficile de deviner que cette expression aux accents technocratiques recouvre en réalité l’une des préoccupations les plus importantes de l’Église de France: les conditions de son existence et de la diffusion de son message dans la société actuelle.


L’ouverture de ce chantier avait déjà été annoncée par le président de la Conférence des évêques de France (CEF), Mgr Georges Pontier, archevêque de Marseille, lors de la précédente assemblée des évêques au printemps dernier. «Les réalités de la société et de l’Église ont évolué. Il est devenu nécessaire de faire le point sur nos fonctionnements, sur des besoins nouveaux et des réalités qui s’estompent. Nos moyens ne sont pas infinis. Des choix s’imposent», avait-il déclaré devant ses confrères. Depuis, un audit a été commandé par la CEF à un cabinet de conseil en gouvernance. Ses conclusions, qui seront présentées dimanche après-midi aux évêques, sont pour l’heure tenues secrètes.


Mais dans les bureaux de l’avenue de Breteuil, siège parisien de l’institution, on l’assure: toutes les «questions qui fâchent» ont été posées. Et en premier lieu, celle de la viabilité de l’organisation actuelle de la Conférence épiscopale, devenue trop coûteuse en énergie et en moyens humains, avec ses dix-huit conseils et commissions. Ces réalités, bien que connues de tous, restent douloureuses à formuler, et c’est sous couvert d’anonymat que la plupart des connaisseurs du sujet acceptent de s’exprimer.


Évidemment, la pénurie de prêtres figure au premier rang des difficultés. «On a du mal à trouver des gens pour certains postes: le fait qu’il manque un secrétaire général adjoint depuis plusieurs mois est tout de même un signe», confirme un évêque. En effet, un poste de secrétaire général adjoint de la CEF est toujours vacant depuis que Mgr Antoine de Romanet, qui devait l’occuper à partir du 1er septembre, a été nommé entre-temps évêque aux armées.


«Ce n’est pas de la mauvaise volonté: beaucoup d’évêques nous disent que se séparer d’un de leurs prêtres fragiliserait trop leur diocèse», poursuit cet évêque. Et faire appel à davantage de laïcs, qu’il faut alors salarier, est une option coûteuse. «Alors que j’étais employée à mi-temps, je coûtais déjà deux fois plus cher qu’un prêtre», témoigne une ancienne salariée laïque.


Enfin, le problème de la disponibilité se pose aussi pour les évêques eux-mêmes. «Sous l’effet du manque de prêtres, leur rôle dans les diocèses s’est accru, explique Mgr Olivier Ribadeau Dumas, secrétaire général et porte-parole de la CEF. Ils ont de moins en moins de temps à consacrer à autre chose qu’à leurs affaires diocésaines.»
Faire face à cette situation exige rien de moins qu’un «changement de logiciel», selon ses mots. Car derrière ces difficultés matérielles, c’est la question de la capacité de l’Église à évangéliser dans le monde actuel qui est posée. «C’est pour cela que nous ne voulons pas partir de ce qui existe, en aménageant à la marge ou en supprimant tel ou tel service, mais que nous comptons repartir des besoins des diocèses», souligne le secrétaire général. «Il faut un tournant fondamental dans la posture de l’Église, abonde un évêque connu pour son franc-parler. Il faut refonder un style de présence et de parole, dans un contexte toujours plus missionnaire de sécularisation, voire de marginalisation de l’Église. Pour cela, les structures doivent être adéquates. Par le passé, il y a eu des dérives, on a fait de la conférence une superstructure un peu bureaucratique.» C’est donc à un changement d’époque que semble se préparer l’Église.


D’autant que ces projets de réformes coïncident avec le départ prochain de deux des principales figures de l’épiscopat: le cardinal André Vingt-Trois, archevêque de Paris, et Mgr Georges Pontier, archevêque de Marseille et président de la CEF. Tous deux atteindront bientôt 75 ans – l’âge de la retraite –, le premier, mardi prochain, le second en mai 2018. L’identité de leurs successeurs est bien sûr inconnue pour l’heure, d’autant que Mgr Pontier pourrait tout de même aller au bout de son mandat de président, qui s’achève en juillet 2019.
Ces prochains jours à Lourdes, «les nominations vont animer les discussions pendant les temps de pause», sourit un évêque émérite, qui connaît le goût de ses confrères pour les pronostics. Mais il n’y a pas que le plaisir de la spéculation. À ces postes clés, le choix des personnalités est capital: en interne, ils sont des meneurs pour l’institution; à l’extérieur, ils en sont les «vitrines», notamment médiatiques.


Enfin, ces évolutions annoncées s’inscrivent aussi dans un contexte plus large: celui de la décentralisation de l’Église. Le pape François, qui en a fait l’une des priorités de son pontificat (lire La Croix du 13 septembre), ne cache pas sa volonté de voir transférer vers les Conférences épiscopales un certain nombre de décisions jusqu’ici réglées à Rome. Les traductions liturgiques et l’interprétation d’Amoris laetitia, notamment sur la question de l’accès à la communion des divorcés remariés, en sont les exemples les plus récents. Comment appréhender ces nouvelles responsabilités alors même que les moyens se font rares? «On est un peu pris en étau», s’inquiète un évêque. Mais cette évolution suppose aussi davantage de travail en commun, ainsi que l’élaboration, loin d’être évidente, d’une vision pour l’avenir.


«Le pape donne aux évêques à la fois plus de liberté et plus de travail: c’est redoutable!, reconnaît le directeur d’un service national de la CEF, pourtant enthousiaste face aux appels du pape. Il faut innover, mais aussi que cette innovation soit partagée. Y aura-t-il une majorité de l’épiscopat pour se lancer dans l’aventure? Je n’en sais rien à ce stade.» La semaine de travaux qui s’ouvre à Lourdes ce matin devrait apporter les premiers éléments de réponse.


Gauthier Vaillant et Anne-Bénédicte Hoffner